
Sous la menace d’un phénomène El Niño d’une intensité extrême, comparable à la crise de 1982, Madagascar s’apprête à faire face à des sécheresses aiguës dans le Sud et à des inondations dévastatrices dans d’autres régions. Ce chaos climatique inédit risque d’aggraver l’exode rural et d’entraîner de vastes déplacements internes de population, tout en plongeant la Grande Île dans une grave crise sanitaire, alimentaire et sécuritaire.
Chaque année, de nombreuses familles du Grand Sud de Madagascar fuient la sécheresse dévastatrice pour chercher refuge et de quoi survivre dans d’autres régions, mais ce phénomène de migration interne risque de s’aggraver considérablement sous la menace d’un phénomène El Niño de forte intensité. Alors que la Grande Île a affronté sa saison cyclonique depuis le 1er juillet 2026, elle risque de réserver un scénario d’extrêmes, où le risque d’un exode massif concerne désormais l’ensemble du territoire. D’un côté, le Sud fait face à un déficit hydrique sévère, amplifiant l’exode rural. De l’autre, d’autres régions du pays sont gravement menacées par des crues éclair et des inondations dévastatrices liées aux dérèglements de la mousson et de la Zone de convergence intertropicale. Poussées hors de chez elles par la destruction de leurs logements ou l’impossibilité de cultiver leurs terres, de nombreuses personnes risquent de se retrouver déplacées à l’intérieur même du pays.
Maladies
Cette détérioration climatique et ces déplacements forcés s’accompagnent d’une crise sanitaire majeure et d’une explosion des maladies au sein des communautés exposées. Les inondations soudaines comme les sécheresses prolongées dégradent brutalement l’accès à l’eau potable. Les populations sinistrées ou en déplacement se voient contraintes de consommer de l’eau insalubre, favorisant la propagation rapide d’épidémies de maladies hydriques telles que les diarrhées aiguës, ainsi que le paludisme dans les zones inondées. De plus, la faim généralisée affaiblit le système immunitaire des habitants, à commencer par les plus jeunes. Selon les prévisions, environ 502 000 enfants de moins de 5 ans risquent de souffrir de malnutrition aiguë entre mai 2026 et avril 2027, dont près de 78 000 pourraient basculer dans une forme sévère exigeant des soins d’urgence. Les centres de santé risquent d’être complètement submergés par cet afflux de patients souffrant de pathologies infectieuses et nutritionnelles.
Subsistance
Sur le plan de la sécurité alimentaire, l’alternance d’inondations ravageuses et de sécheresses extrêmes détruit les récoltes et anéantit le bétail, privant les ménages ruraux de leurs uniques moyens de subsistance. Les projections régionales indiquent une hausse prévisionnelle de 75% du nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë à Madagascar, plongeant des millions d’habitants dans une détresse profonde. Cette disparition des ressources économiques et agricoles brise le quotidien des familles et menace directement la survie des populations marginalisées, qui ne disposent d’aucune réserve pour faire face à ces chocs à répétition.
Enfin, cette crise environnementale et alimentaire engendre une insécurité sociale et humaine grandissante à travers le pays. L’appauvrissement des familles et l’instabilité liée aux déplacements forcent de nombreux enfants à abandonner l’école, les exposant directement à des risques accrus de travail précoce, de mariage forcé, de négligence et d’exploitation. En parallèle, la compétition pour l’accès aux ressources naturelles de base, devenues rares, comme les terres cultivables, les pâturages et les points d’eau potable, ravive les tensions communautaires. La pression démographique exercée par les flux de déplacés internes dans les zones d’accueil risque ainsi d’accentuer la précarité générale et de déstabiliser l’ordre public au cœur des régions touchées. Face à ce chaos climatique imminent, l’anticipation, le renforcement de la protection sociale et la transformation des alertes précoces en actions rapides demeurent impératifs pour préserver des vies humaines.
Narindra Rakotobe




