
Ils n’ont pas signé leur retraite. Pendant que d’autres produisent des musiques alimentaires, les membres du collectif Da Hopp concoctent des morceaux conscients. Et voilà que Kôpy elah est livré depuis la semaine dernière.
Pour X-Tah, Dadilahy Benja et leurs compères, le rap a toujours été un moyen d’expression, une musique qui a du fond… c’est ce qu’ils font. Bien entendu, ceux qui se sentent visés verront leurs oreilles fondre, mais les apôtres de ces zokibe old school mettront le volume à fond. En réalité, Madagascar touche le fond, son peuple est affamé, compte les trous à travers le plafond…
Texte réfléchi
Kôpy elah est un langage familier qui veut dire « t’as capté » et c’est un titre soulevant les magouilles des politicards malgaches. « T’as saisi » le mic-mac de ceux qui ont soif du pouvoir ! Oui, les Malgaches ne sont guère si dupes à ce point. C’est la raison pour laquelle le groupe légendaire du « rap Syga » aiguillonne l’esprit de ses compatriotes. De ce fait, le son n’est en aucun cas une chanson ordinaire. Le titre mérite d’être couronné, puisque ces aînés de la culture hip-hop de la Grande île ont décortiqué les mauvaises pratiques des dirigeants en 4 minutes 13. Ces quinquagénaires ont leurs mots à dire, étant donné qu’ils ont consacré leur carrière musicale à protester contre l’injustice sociale, l’inégalité, la corruption, surtout les gouvernants insatiables. Alors, Kôpy elah éveille la société. Cela ne signifie pas que celle-ci se soit endormie. Toutefois, ces rappeurs confirment à voix haute que la voie empruntée par le pays semble encore floue. Donc, il aurait intérêt à rester sur ses gardes afin de saisir la ruse des loups affamés, en l’occurrence les hauts dignitaires, les figures controversées. Sous un autre angle, ces poètes urbains attestent que le régime est renversé. Ceci dit, les visages se renouvellent ; quant aux habitudes, elles perdurent. Bref, le même schéma se dessine, avec des couleurs différentes.
Da Hopp est plus qu’une équipe de rappeurs. C’est une institution qui a vu le jour vers la moitié des années 1990, une époque durant laquelle la nation a traversé une histoire tumultueuse, voire troublante. Jento, Dadilahy Benja, ou BenJ pour les intimes, et X-Tah sont plus que des rappeurs. Ils sont des chroniqueurs, des plumes tranchantes forgées entre les ruelles et les couloirs des quartiers tananariviens. D’ailleurs, cette conviction est le secret de leur longévité ! Leur présence témoigne de la vitalité du « rap Syga ».
Iss Heridiny




