Enseignant à l’Université d’Antananarivo en ingénierie et technologie, il a présenté une communication orale remarquable et remarquée lors de l’Assemblée générale du Collectif des Professeurs de Madagascar, à l’Université de Fianarantsoa, sur les stratégies d’industrialisation par la méthode TRIZ et l’intégration de Madagascar à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Interview.
Midi Madagasikara : Quels sont, selon vous, les secteurs industriels malgaches prioritaires à fort potentiel à court terme pour que la Grande île ne soit pas une simple terre d’importation, mais un exportateur compétitif dans cette zone de libre-échange ?
François Ravalison : « L’agro-industrie ! Notre agro-industrie ne représente que 0,7% du PIB, alors que la demande alimentaire en Afrique prévoit une hausse avoisinant 30%. À Fianarantsoa, j’ai donné l’exemple de l’huile alimentaire. 84% de l’huile alimentaire consommée en Afrique provient de pays hors du continent. Madagascar importe annuellement 120 millions de dollars d’huile alimentaire. Tout ça, c’est énorme ! Il faut impérativement développer et appuyer l’agro-industrie : adopter une agriculture à haute intensité de main-d’œuvre, couplée avec une maîtrise de l’eau et de l’irrigation, dupliquer et dynamiser l’One District One Factory ou ODOF, favoriser indiscutablement la transformation locale. Avec ce processus intégré, le système agro-industriel de Madagascar, configuré sur l’Analamanga et le Vakinankaratra, sera étendu à l’Itasy, le Bongolava et le Menabe. »
Midi : Où va-t-on trouver de l’argent pour ça ?
F.R. : « Le Fonds souverain peut allouer 20% de ses actifs à l’agriculture-industrialisation. Mais il y a aussi Fiharianа, Fandroso, FAIsp. Il faut pivoter et converger ces vecteurs financiers pour un binôme agriculture-industrialisation massif à ancrage district ou région. »
Midi : Quand on parle de ZLECAf, le secteur privé malgache exprime souvent des craintes face à la concurrence continentale ou internationale et réclame un meilleur climat des affaires. Quelles garanties concrètes et quelles mesures d’incitation comptez-vous accorder aux opérateurs économiques locaux ?
F.R. : « Conversion de « tarif préférentiel d’énergie » en « quantité-qualité-coût » ; normes de qualité et de sûreté à l’import ; inscription des filières porteuses, adossées à l’agro-industrie, dans la liste de protection temporaire de la ZLECAf. On a signé et ratifié, on doit donc ouvrir nos frontières. Mais une ouverture, sans ODOF cadrées et appuyées, sans unités de production compétitives, n’est que du libre-échange asymétrique menant à un suicide industriel. L’État a un devoir d’appuyer ses champions nationaux industriels par la « préférence nationale » et « l’alignement de la politique industrielle avec le secteur de l’énergie ». La ZLECAf ne devrait pas être un risque de submersion de nos entreprises, mais plutôt un levier de notre agriculture-industrialisation. »
Midi : Qu’est-ce que la méthode TRIZ ?
F.R. : « TRIZ ou Teoriya Resheniya Izobretatelskikh Zadach est une ingénierie de résolution de problèmes inventifs. Vous partez d’un problème. Vous déterminez ses causes racines. Résoudre ce problème, c’est résoudre, d’abord, ses causes racines. Quand vous résolvez ces dernières, il y aura des paramètres qui vont se dégrader. Donc, il y aura des contradictions qui peuvent être techniques ou physiques. Et c’est là que le TRIZ, avec sa matrice, opère pour dégager une « solution idéale ». Les solutions et stratégies trouvées et développées durant la communication orale, lors de l’Assemblée générale des Professeurs de Madagascar, relèvent de ce processus. »
Midi : Enseignant à l’Université d’Antananarivo, vous êtes dans l’ingénierie et technologie. Quelle est la priorité absolue en matière de technologie pour maîtriser l’industrialisation de Madagascar ?
F.R. : « Les stratégies opérationnelles technologiques que j’ai développées durant ma communication orale sont d’utiliser les capacités de maintenance locales pour dupliquer et redynamiser les ODOF, et pour appuyer les unités de production locales. J’entends par capacités locales les ateliers de machines-outils du Collège Saint-Michel Amparibe, du Lycée technique industriel d’Alarobia, du FJKM Ivato, du CFAMMA ainsi que des blocs techniques des Écoles supérieures polytechniques d’Antananarivo et d’Antsiranana. Sont concernés aussi les ateliers particuliers de machines-outils d’Anosibe, d’Anosizato, d’Isotry, d’Itaosy ainsi que les fonderies individuelles d’Itaosy. Ces capacités locales peuvent réparer et dupliquer les machines des ODOF ou d’autres machines. Elles peuvent copier des pièces détachées. Avec une telle démarche, les capacités locales peuvent fabriquer et réparer des machines au lieu d’en importer. Madagascar a les talents, les technologies et les ressources. Ce qu’il nous faut, c’est une exécution chirurgicale et une perspicacité politique pour transformer ces potentiels en PIB. »
Propos recueillis par R.O




