En pleine période d’état d’urgence énergétique, le gouvernement donne le feu vert au recours à une procédure sans appel d’offres.
« Taky baiko ». Le Conseil des ministres a utilisé ce mot fort, qui sonne comme un ordre à exécuter sans aucune discussion possible, pour officialiser la décision du gouvernement malgache de réquisitionner la JIRAMA afin de procéder à l’achat de 18 groupes électrogènes auprès d’une société russe. Une décision prise, certainement, pour apporter des solutions au délestage grandissant qui sévit actuellement dans le pays. L’achat sera donc effectué auprès d’une société de droit russe dénommée « Malmekhservice ». Face à l’urgence de la situation, le gouvernement décide de passer outre les procédures normales en matière de passation des marchés publics et incite la JIRAMA à recourir à un achat sans appel d’offres. Il convient, en effet, de noter que cette initiative intervient alors que l’État malgache vient de renouveler l’état d’urgence énergétique durant le Conseil des ministres du 29 septembre dernier, afin d’autoriser le recours à ce genre de démarche exceptionnelle. D’après les informations recueillies auprès d’un technicien de la Compagnie d’eau et d’électricité de Madagascar, il s’agirait de groupes diesel dont la capacité de production est de 1 MW chacun. En procédant à ces nouvelles acquisitions, l’État malgache vise à ajouter 18 MW de plus sur le réseau interconnecté d’Antananarivo, largement suffisant pour pallier le déficit estimé par les techniciens en ce début du mois d’octobre.
« 25 septembre bis »
Pour les adeptes de la bonne gouvernance et de la transparence dans la gestion des finances publiques, le choix de la société « Malmekhservice » et la décision d’opérer par une procédure de marché de gré à gré font débat. Pourquoi une société russe ? C’est la question qui se pose. D’autant plus qu’une telle démarche est contraire aux principes de gouvernance prônés par le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, qui, à chaque sortie médiatique, martèle l’importance de la transparence et du renforcement de la lutte contre la corruption. Avec le rapprochement incontestablement perceptible du régime de la Refondation avec Moscou, le choix de cette société est plutôt logique, selon les observateurs. En revanche, dans les rangs des citoyens lambda, lassés des coupures incessantes d’électricité, la décision est reçue positivement. Peu importe la procédure adoptée, c’est le résultat qui compte. Reste à savoir, toutefois, si l’achat de ces nouveaux groupes sera suffisant pour résoudre définitivement le délestage, qui provoque d’énormes dégâts dans la vie quotidienne des Tananariviens. Ces derniers subissent parfois jusqu’à 4 à 6 heures, voire plus, de délestage par jour. D’ailleurs, avec la période d’étiage qui arrive et la sécheresse due au manque de pluies en vue, le niveau d’eau à Andekaleka risque de descendre au plus bas et la capacité de production de la JIRAMA va certainement diminuer considérablement. Des mesures d’anticipation sont donc de mise pour éviter un « 25 septembre bis ». Pour rappel, l’année dernière, ce furent le délestage et les coupures d’eau qui étaient à l’origine du mouvement de la Génération Z ayant provoqué l’effondrement du régime Rajoelina. Un an après, ce fléau reste d’actualité dans plusieurs villes du pays, particulièrement à Antananarivo et à Toamasina. Reste à voir si, avec le soutien de la Russie, le régime de la Refondation réussira son… pari.
Davis R




