
Après le passage dévastateur des cyclones Gezani et Fytia, la réponse ne se limite plus à l’urgence. Avec l’appui financier de la Banque mondiale, le gouvernement malgache a mobilisé plusieurs dispositifs pour secourir les populations et rétablir les services essentiels. Sur le terrain, le Fonds d’intervention pour le développement (FID) a notamment mis en œuvre les réponses inhérentes à la protection sociale en faveur des ménages touchés. Transferts monétaires, travaux communautaires, réhabilitation d’écoles et de centres de santé, rétablissement de l’électricité : une première bataille a consisté à remettre les populations et les services sur pied. Une autre commence désormais, avec les investissements programmés pour la reconstruction, notamment à travers le projet PRODUIRE 2. L’enjeu est de rendre Toamasina moins vulnérable au prochain choc. Une réponse qui se joue en quatre temps, à savoir : secourir, rétablir, reconstruire et mieux résister.
Lorsque Gezani frappe Toamasina en février 2026, il ne détruit pas seulement des maisons. Le cyclone bouleverse, en quelques heures, toute une économie urbaine et familiale. Des logements sont endommagés, des activités s’arrêtent, les réseaux sont perturbés, tandis que des écoles, des centres de santé et d’autres infrastructures publiques sont touchés.
Selon la Banque mondiale (BM), environ 70% du parc de logements de Toamasina a été endommagé. Face à l’ampleur du choc, la première réponse a consisté à assurer l’essentiel : entre autres, aider les ménages à tenir, dégager les quartiers sinistrés et remettre progressivement les services en fonctionnement. Cette réponse est portée par le gouvernement malgache avec l’appui de ses partenaires, dont la Banque mondiale, qui mobilise plusieurs instruments de financement existants pour répondre rapidement à la catastrophe. Suite à Gezani et Fytia, la BM a mobilisé près de 350 millions de dollars (tant pour la réponse d’urgence que pour le relèvement), dont 70% pour Tamatave.
Palpables, ces financements prennent ensuite une forme concrète sur le terrain. Dans le domaine de la protection sociale, le gouvernement s’appuie notamment sur le Fonds d’intervention pour le développement afin d’atteindre les populations touchées. Si les transferts monétaires permettent aux familles de retrouver rapidement un minimum de capacité financière, les travaux à haute intensité de main-d’œuvre, quant à eux, offrent temporairement des revenus tout en participant au nettoyage et au relèvement des communautés.
Concrètement, ce sont 85 000 ménages bénéficiaires des programmes de transferts monétaires, 60 900 ménages concernés par des activités de cash-for-work, 95 830 élèves bénéficiaires des kits scolaires et 258 écoles réhabilitées. Dans le secteur de la santé, 30 centres de santé de base ont bénéficié d’un appui, environ 54 000 ménages ont été réalimentés en électricité et quelque 88 500 m³ de débris ont été évacués.
La réponse ne se mesure donc pas uniquement aux millions de dollars déployés. Elle se traduit en ménages assistés, journées de travail, débris évacués et services rétablis. Et pour Fily Sissoko, directeur pays de la Banque mondiale pour Madagascar, les Comores, Maurice, les Seychelles et le Mozambique, en visite à Toamasina vers la fin du mois de septembre dernier, lorsqu’il a été interrogé sur la question de savoir si les fonds alloués par la Banque ont atteint leur cible et ont effectivement impacté les communautés concernées : « Le témoignage des bénéficiaires est plus fort que tous les mécanismes de contrôle qu’on peut mettre en place. »
124 millions USD pour changer d’échelle à Toamasina
« On a soutenu tous ces programmes à plus d’une centaine de millions de dollars et on compte, on espère pouvoir faire beaucoup plus parce qu’on est déjà dans la discussion du futur : comment reconstruire la ville, comment aider à reconstruire une ville beaucoup plus résiliente. » Ces propos de Fily Sissoko, directeur pays de la Banque mondiale pour Madagascar, les Comores, Maurice, les Seychelles et le Mozambique, annoncent les perspectives. Et c’est précisément la vocation de la deuxième phase du Projet de développement urbain intégré et de résilience, PRODUIRE 2. Le projet, financé par la Banque mondiale à hauteur de 225 millions de dollars, dont 124 millions alloués au Grand Toamasina, et mis en œuvre par le gouvernement malgache, doit permettre de « passer du relèvement post-catastrophe à des investissements structurels à plus long terme. » La ventilation présentée donne une indication de l’ambition : 60 millions de dollars sont orientés vers l’habitat, 30 millions vers les infrastructures publiques, 20 millions vers la résilience face aux inondations, 12 millions vers l’appui à la reconstruction et 2 millions vers la gouvernance urbaine.
Barikadimy : du provisoire au résilient
L’Université de Barikadimy résume presque à elle seule les différentes étapes de la réponse menée à Toamasina. Le cyclone Gezani y a détruit ou lourdement endommagé entre 80 et 90% des infrastructures. Dans l’urgence, des solutions énergétiques et numériques ont été déployées afin de rétablir progressivement les enseignements et la connectivité. Le dispositif numérique installé permet notamment jusqu’à 1 000 connexions simultanées et peut desservir plusieurs milliers d’étudiants.
Si des services essentiels ont pu être rétablis, la reconstruction de l’université publique est encore une tout autre affaire. Le projet PRODUIRE 2 s’est donné l’ambition d’assurer désormais sa reconstruction complète avec des standards de résilience plus élevés. Le financement de la Banque mondiale doit ainsi permettre au gouvernement de passer d’une solution provisoire, destinée à rétablir le service, à une reconstruction pensée pour mieux résister aux prochains chocs. Barikadimy devient ainsi un cas concret du changement de logique consistant à ne pas seulement remplacer ce qui a été détruit, mais à reconstruire différemment pour que le prochain cyclone ne produise pas les mêmes conséquences.
Les millions de dollars mobilisés, les dispositifs déployés par le gouvernement, le nombre de bénéficiaires atteints par le FID et les autres organismes d’exécution, ou encore les infrastructures reconstruites, permettent de mesurer l’effort engagé. Par ailleurs, ils ne suffisent pas encore à mesurer la résilience. Le véritable résultat se verra probablement dans quelques années. Ce qui est toutefois sûr actuellement, c’est qu’après Gezani et Fytia, le partenariat entre le gouvernement malgache et la Banque mondiale est entré dans une phase différente. Après avoir financé et déployé la réponse à l’urgence, il s’agit désormais de « transformer les investissements de reconstruction en réduction durable des risques et des catastrophes. »
José Belalahy




