

Un an après la Refondation, le coordinateur du ZMR, Solofo Andrianantenaina, exige des résultats concrets, prône l’inclusion des jeunes et veut éduquer les citoyens pour changer la donne. Interview !
Midi Madagasikara (M.M.) : Un an après la mise en place du régime de la Refondation et les événements de 2025, quel bilan pouvez-vous dresser ?
Solofo Andrianantenaina (S.A.) : Ce pouvoir de la Refondation a déjà vu passer deux gouvernements successifs. Or, les problèmes fondamentaux qui ont déclenché le mouvement de l’année dernière, comme les délestages d’électricité et les coupures d’eau, restent au cœur du quotidien des Malagasy. Il y a eu une courte période de répit, mais les coupures ont repris de plus belle. Le gouvernement doit fournir des efforts considérables : si l’on a écarté les anciens dirigeants pour ces mêmes problèmes d’eau et d’électricité et que nous les subissons encore aujourd’hui, cela devient très difficile à justifier. On ne peut pas blâmer la population, car le peuple est souverain (Andriamanitra). Nous, serviteurs du peuple, devons être à la hauteur de ses attentes légitimement très élevées. Au-delà des services de base, le coût d’accès à Internet, l’accès à l’éducation de base et l’état des infrastructures nécessitent des réponses concrètes à court terme.
M.M. : La Refondation est-elle selon vous sur la bonne voie ?
S.A. : Il y a des points positifs, notamment dans la réhabilitation des routes nationales, mais d’autres axes exigent des ajustements majeurs. Il est urgent de rompre avec le népotisme et d’instaurer une transparence totale : ce sont des choix de comportement qui ne coûtent rien à l’État. Concernant le Programme Général de l’État (PGE), des objectifs précis doivent être fixés et évalués ministère par ministère. Tout membre du gouvernement n’atteignant pas un seuil minimal de réalisation, disons au moins 30 %, devrait en tirer les conséquences et être écarté. La gouvernance ne saurait se résumer à des actions de communication ou à des déclarations d’intentions ; elle doit reposer sur des résultats chiffrés et vérifiables avec des indicateurs solides.
M.M. : Certains dénoncent une « Refondation des politiciens » où les jeunes, fer de lance du mouvement de 2025, se retrouvent marginalisés. Quelle leçon tirez-vous de l’histoire du pays ?
S.A. : Le pouvoir politique s’acquiert par l’engagement. Si les jeunes veulent prendre le pouvoir, ils doivent s’engager en politique, en s’appuyant sur des convictions solides, une vision claire et une éthique rigoureuse. La politique génère naturellement des confrontations d’idées entre les acteurs en place et les générations émergentes ; cela fait partie intégrante du processus démocratique. Pour autant, dans un pays où les jeunes représentent près de 75 % de la population, cette réalité démographique doit se traduire par une représentativité effective au sein de toutes les instances décisionnelles, et pas seulement au gouvernement. Le pouvoir s’acquiert par les urnes, mais en attendant les élections, le processus doit être pleinement inclusif.
M.M. : La culture politique malagasy du « Fanjakana Raiamandreny » ne constitue-t-elle pas un frein à l’engagement citoyen et à l’émergence des jeunes ?
S.A. : C’est une culture qu’il faut absolument faire évoluer. L’État n’est pas un Raiamandreny (père et mère de famille) incontesté et infaillible. Sa mission première est de protéger l’intérêt général et de rendre des comptes sur l’utilisation des deniers publics. Dans notre tradition, les enfants doivent redevabilité aux parents ; mais dans une République, c’est l’État qui est redevable envers les citoyens qui paient leurs impôts. Les jeunes doivent sortir de ce piège culturel et cesser d’être de simples exécutants pour devenir des acteurs de décision.
M.M. : Pouvez-vous nous présenter le ZMR (Zanabahoaka Manova Rasa) ? S’agit-il d’un parti ou d’un mouvement politique ?
S.A. : Le ZMR est un mouvement politique né de concertations approfondies entre des universitaires de haut niveau, des techniciens et des citoyens issus des communautés locales (fokonolona). Son objectif est de « changer la donne » (manova rasa) à Madagascar. Dans notre système démocratique théorique, c’est la majorité qui décide. Or, chez nous, la majorité est pauvre et marginalisée : plus de 75 % des Malagasy vivent avec moins de 2 dollars par jour et plus de 90 % ne disposent d’aucune couverture sociale ou médicale. Nous voulons inverser cette dynamique pour que la majorité populaire accède à des conditions de vie dignes et constitue le cœur de la classe moyenne. Lorsque la majorité progresse, c’est tout le pays qui avance.
M.M. : Changer l’ordre des choses (« Manova Rasa »), est-ce une approche différente de la Refondation ?
S.A. : La Refondation se limite souvent aux structures politiques, alors que le Manova Rasa vise une restructuration totale touchant les conditions de vie, l’économie et la culture politique. Il s’agit d’éradiquer le clientélisme, le népotisme et la corruption, tout en garantissant un accès libre et direct à l’information publique. Sur le plan économique, il est anormal qu’un pays producteur comme Madagascar souffre d’insécurité alimentaire ou ne tire pas profit de son propre artisanat. Notre devise est claire : « L’économie au service du social, le social au service de l’économie ». Madagascar ne peut pas survivre éternellement dans un capitalisme sauvage qui condamne les plus démunis.
M.M. : Vous avez organisé la première édition de l’« Oniversitembahoaka ». Quel est le véritable objectif de ce programme ?
S.A. : L’« Oniversitembahoaka » (l’Université du Peuple) est un programme conçu pour véhiculer l’idéologie du ZMR et rehausser le niveau du débat citoyen. De nombreux concepts juridiques et institutionnels fondamentaux restent confinés aux amphis universitaires. Notre démarche consiste à vulgariser ces notions en langage populaire pour l’ensemble des citoyens — commerçants, conducteurs de pousse-pousse ou employés de bureau. Si vous demandez à 100 personnes dans la rue ce que dit l’article 1ᵉʳ de la Constitution, à peine deux sauront vous répondre. L’ignorance des règles républicaines favorise la méfiance envers les institutions et mène parfois à des actes de justice populaire (vindicte populaire). Vulgariser la loi est essentiel pour consolider la République et l’État de droit. En tout cas, d’autres éditions se tiendront tous les mois en commençant par celle qui sera organisée le 24 octobre prochain à Alasora.
M.M. : Avec l’implantation de vos structures dans les districts, le ZMR ne se prépare-t-il pas déjà à la prochaine élection présidentielle ?
S.A. : Ce n’est pas encore le moment. Notre noyau dur compte environ 400 membres au niveau national, et nous structurons nos réseaux régionaux, nous avons nos cellules au niveau des fokontany, en vue d’un grand congrès dans les mois à venir. Cependant, le ZMR se positionne avant tout comme une force de solution au service de la société. Si le pays parvient à organiser l’élection constitutionnelle en 2027, ce sera une avancée majeure. Pour l’heure, nous n’avons pas envisagé de présenter ou de soutenir un candidat : notre priorité absolue demeure l’éducation citoyenne et la recherche de réponses concrètes pour le pays. Nous avons comme ambition de pallier c’est que l’université académique ne peut pas offrir au peuple.
M.M. : Quelle sera la position et le rôle du ZMR concernant la Concertation nationale à venir ?
S.A. : Le ZMR prendra pleinement part à la Concertation nationale. Malgré les retards enregistrés dans le calendrier préparatoire, la consultation au niveau des fokontany, des communes et des districts demeure l’étape essentielle. C’est là que se joue l’avenir de la Vᵉ République, d’où sortiront la nouvelle Constitution et le cadre électoral. Le ZMR est une force de proposition : nous mettons en place une cellule pour collecter les aspirations de la base et veiller à ce que les idées émanant du peuple soient fidèlement retranscrites sans être dénaturées par des calculs politiques.
Recueillis par Julien R.




