
La bande dessinée malgache s’apprête à signer un retour triomphal sur le devant de la scène littéraire. Marquée par une période faste durant les décennies 70, 80 et 90, cette discipline artistique avait connu un coup d’arrêt brutal à la suite de la crise politique de 1991, poussant de nombreux auteurs à suspendre leurs plumes. Aujourd’hui, l’heure est à la renaissance avec la réédition prochaine de chefs-d’œuvre incontournables de l’époque, à l’instar de la célèbre série « Bobel », initialement publiée au sein de la collection « Koditra ». Plusieurs grandes plumes et maisons d’édition ont contribué à façonner cette œuvre emblématique, à l’instar des éditions Tsileondrika, de Ratovo Heritiana, de Rakotosolofo Jean de Dieu, de Rakotosolofo Gilbert, ainsi que de Jean Emile Razafimahefa. Publiées à l’origine au sein de la célèbre revue « Koditra », les aventures de Bobel ont suscité un tel engouement auprès des lecteurs qu’elles ont ensuite été déclinées dans une collection de bandes dessinées à part entière. Jean Emile Razafimahefa, plus connu sous son nom de plume Mahefa, replongera les lecteurs dans les aventures fantastiques du personnage mythique Bobel. L’auteur se rappelle avec émotion l’impact culturel de cette œuvre à l’époque. « Il s’agit de l’histoire d’un couple n’ayant pas d’enfants et qui a fait appel à l’esprit. Lorsque l’enfant naît, il devient une créature mi-homme mi-bête, c’est-à-dire dont la partie supérieure est humaine et la partie inférieure animale. » Un succès tel que le bédéiste avait lui-même hérité du surnom de son héros, soutenu par des parutions mensuelles oscillant entre 87 et 90 numéros. Actuellement, l’écrivain s’attelle activement à l’écriture d’un nouveau chapitre, pour le plus grand bonheur des bédéphiles.
Renaissance
Au-delà de Bobel, c’est toute une génération de créateurs qui insuffle un vent nouveau au secteur. Réunis samedi dernier à Antanimena, les bédéistes phares d’autrefois, dont les pères des œuvres cultes « Profesora Mahiratra », «Inspecteur Toky », «Avotra »…, ont acté leur grand retour. S’inscrivant dans l’air du temps de 2026, ce renouveau mise résolument sur l’authenticité en rejetant l’usage de l’intelligence artificielle. L’exigence portera, en revanche, sur une qualité irréprochable du papier et des encres employées, avec pour double objectif de raviver la flamme des anciens fans et de séduire un nouveau lectorat jeune. Ce sursaut culturel est le fruit d’une synergie forte entre des passionnés engagés, à l’instar de Penjy Randrianarisoa, maire de la commune d’Ivato, Gerard Rakotonirina, ou encore le ministère de la Communication et de la Culture, qui prépare une distinction honorifique pour saluer ces artistes. L’histoire retient pourtant les épreuves traversées : l’effondrement du pouvoir d’achat dans les années 90 et la crise de 1991 avaient lourdement pénalisé la filière. Les ventes s’étaient effondrées, passant de 8 000 à 1 000 exemplaires, minées par la concurrence des loueurs de livres et les difficultés d’acheminement postal vers les provinces. Alors qu’un exemplaire se négociait autrefois entre 300 et 800 ariary, les bédéphiles peuvent aujourd’hui acquérir ces ouvrages dans les librairies d’Ambohijatovo, aux alentours de 20 000 ariary. À ce jour, ce sont près de 7 000 bandes dessinées qui ont été préservées, tandis que 27 auteurs de renom ont déjà répondu à l’appel de cette relance historique.
Narindra Rakotobe





