
À Bangkok, le ministre malgache de l’Économie et des Finances a interpellé le FMI sur un dilemme africain : comment préserver la stabilité macroéconomique lorsque les crises politiques et les tensions sociales compromettent les réformes engagées ?
« La question n’est pas quoi faire, mais comment le faire. » Le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a placé la réalité politique au centre des débats économiques lors de la réunion des gouverneurs du Groupe Afrique 1 du Fonds monétaire international (FMI), tenue ce mercredi 14 octobre à Bangkok. Alors que les participants examinaient la coordination entre politiques budgétaire et monétaire face aux chocs mondiaux, le ministre a rappelé que les recommandations techniques se heurtent souvent aux difficultés de leur application. Il a particulièrement insisté sur les crises politiques auxquelles sont confrontés plusieurs pays africains. À Madagascar, a-t-il relevé, les manifestations de la « Gen Z » ont provoqué la chute du gouvernement. Or, chaque épisode d’instabilité menace les acquis économiques, au point d’obliger le pays à « repartir de zéro ». Autre difficulté soulevée : les mesures destinées à rétablir les équilibres macroéconomiques peuvent entraîner des tensions sociales et nourrir de nouvelles crises. D’où son appel à davantage de flexibilité dans la conception des politiques économiques et à une meilleure prise en compte de la stabilité politique.
Une préoccupation entendue au FMI
En réponse, Daria Zakharova, du département de la stratégie, des politiques et de l’évaluation, a reconnu l’interdépendance entre stabilité économique et stabilité sociale. Elle a souligné l’importance des réformes structurelles créatrices d’emplois pour les jeunes, ainsi que de l’analyse des effets des mesures budgétaires et monétaires sur les différentes catégories de population, afin de mieux cibler les filets sociaux. Frédéric Lambert, ancien chef de mission du FMI pour Madagascar, a lui aussi reconnu le poids des contraintes politiques. Il a salué le dispositif juridique malgache encadrant les avances de la Banque centrale à l’État, qu’il a qualifié de « très bonne disposition » : un financement temporaire, plafonné et soumis à remboursement. Les discussions ont souligné la nécessité de préserver l’indépendance des banques centrales tout en renforçant leur coordination avec les gouvernements. Les participants à la rencontre ont soutenu l’importance d’harmoniser la politique budgétaire et la politique monétaire, pour atteindre les objectifs de développement. Le ministre malgache de l’Économie et des Finances a, pour sa part, mis en avant le défi de concilier rigueur macroéconomique et stabilité politique.
Antsa R.




