
Derrière certaines promesses d’emploi à l’étranger se cachent parfois l’exploitation, le travail forcé et la traite des êtres humains. Réunis à l’École nationale d’administration de Madagascar (ENAM), hier, autorités, organisations internationales et acteurs de la mobilité professionnelle ont appelé à renforcer la prévention afin de mieux protéger les travailleurs malgaches.
« Une offre prometteuse, un contrat modifié à l’arrivée, un passeport retenu, un salaire confisqué. » C’est à travers ce scénario récurrent que Frédéric Muia, représentant résident de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour Madagascar, les Comores, Maurice et les Seychelles, a illustré les dérives auxquelles sont confrontés de nombreux travailleurs migrants.
Le responsable de l’OIT a rappelé l’ampleur du phénomène : 27,6 millions de personnes vivent aujourd’hui dans une situation de travail forcé dans le monde, générant près de 236 milliards de dollars de profits illégaux chaque année, soit environ douze fois le produit intérieur brut de Madagascar.
Dans son allocution, le Premier ministre, Mamitiana Rajaonarison, a souligné, par ailleurs, que la traite des êtres humains ne concerne pas uniquement les travailleurs malgaches partant à l’étranger. Des formes d’exploitation sont également observées sur le territoire national, notamment à travers l’exploitation sexuelle, le proxénétisme ou encore certaines formes d’esclavage moderne.
Organisée par l’ENAM, dont la mission est notamment de contribuer à l’amélioration de la qualité de l’administration publique et de nourrir la réflexion sur les politiques publiques, cette conférence a mis l’accent sur les moyens d’empêcher que la recherche d’un emploi ne bascule dans l’exploitation. Parmi les pistes évoquées figurent le contrôle renforcé des agences de recrutement, l’accès à une information fiable avant le départ, la vérification des contrats de travail ainsi que le suivi des flux financiers liés aux recrutements.
Les interventions ont porté sur les instruments internationaux de lutte contre la traite, le cadre juridique malgache, les pratiques des sociétés de placement des gens de mer ainsi que le rôle du secteur bancaire dans la prévention des risques liés à la mobilité professionnelle. Témoignages et retours d’expérience ont également enrichi les échanges.
L’objectif de la conférence est de permettre aux travailleurs d’identifier les risques, de connaître leurs droits et d’accéder à une information fiable dans un cadre légal, transparent et respectueux des droits fondamentaux.
Les recommandations issues des discussions entre institutions, partenaires techniques et financiers, société civile et élèves de l’ENAM devraient contribuer à l’élaboration de stratégies concrètes visant à renforcer la prévention de cette forme moderne d’esclavage et à sécuriser davantage la mobilité professionnelle des travailleurs malgaches.
anitra Andria




