
Jour après jour, région après région, le Vovonan’ny Fihavaozan’i Madagasikara (VFM) structure ses assises locales avec une redoutable efficacité. Quitte à faire de l’ombre aux formations politiques traditionnellement ancrées sur l’échiquier national.
Samedi dernier, le VFM a frappé un grand coup lors d’une véritable démonstration de force orchestrée dans la région Itasy. C’est à Imerintsiatosika qu’un rassemblement d’envergure a attiré des milliers de sympathisants, témoignant d’une mobilisation populaire difficilement contestable. En tête de cortège, le public a pu reconnaître des visages familiers : ceux de fidèles ex-députés d’Isika Rehetra Miaraka amin’i Andry Rajoelina (IRMAR), qui ont troqué leur emblématique polo orange pour s’afficher fièrement dans les nuances vertes de la Refondation. C’était également le cas à Ambalavao vendredi dernier. Dans chaque région où la plateforme mobilise ses partisans, tout ressemble à une véritable démonstration de force sur le terrain.
Revirement. Ce ralliement spectaculaire n’a pas manqué de susciter de vives réactions et d’interroger les observateurs politiques les plus avisés. Pour cause, les pages et relais numériques officiels chargés de la communication de la Refondation diffusent et valorisent désormais activement les activités du VFM. Un revirement de situation pour le moins troublant, sachant que ces mêmes canaux avaient, à l’époque de la genèse de la plateforme, vivement critiqué le mouvement. Ils qualifiaient alors ses fondateurs et adhérents d’opportunistes incorrigibles, auxquels il ne fallait accorder aucune confiance en raison de leur propension à virer de bord.
Pragmatisme décomplexé. En politique malgache, les vérités d’hier ne sont guère celles de demain, et les alliances ne s’avèrent que rarement éternelles. Le microcosme local regorge d’experts en « caméléonisme », agissant bien souvent sans idéologie fixe ni éthique politique rigoureuse. Preuve éclatante de ce pragmatisme décomplexé, le président de la Refondation n’a pas hésité à s’afficher publiquement aux côtés de figures controversées du VFM, à l’instar du député élu dans le district de Betroka, Nicolas Randrianasolo. Et ce, en dépit des critiques acerbes formulées à l’encontre de cet élu concernant son comportement et ses revirements d’allégeance au cours des dernières années.
Base politique. Au fil des semaines, la stratégie de la Refondation se clarifie : le régime semble bien décidé à faire du VFM sa principale base politique sur le terrain. Du moins, c’est la tendance lourde que les canaux proches du pouvoir commencent subtilement à véhiculer dans l’opinion publique. Au fur et à mesure que les échéances électorales se rapprocheront, chaque pièce du puzzle trouvera sa place définitive. À ce titre, le ton a déjà été donné par Pety Rakotoniaina, qui a tenu à rappeler publiquement que la création et le développement du VFM n’ont pas été le fruit du hasard, mais ont bénéficié du feu vert officiel. Le décor est planté.
Julien R.




