Quand les jeunes débattent, c’est l’avenir qui discute, et la jeunesse malgache l’a prouvé en remportant le tournoi de la 12e édition du TIUD. Portés par l’écho vibrant de la révolution Gen Z, Koloina et Nalitiana ont magistralement défendu la primauté de l’engagement citoyen sur les réformes institutionnelles face à de redoutables finalistes comoriens.
La grande finale de la 12e édition du tournoi interuniversitaire de débats en français (TIUD), organisée le 22 octobre à l’UCM Ambatoroka, a vu la victoire de deux Malgaches. Koloina Fanirisoa Rajaonarivony et Nalitiana Tahianjanahary Rakotomavo, de l’Université catholique de Madagascar (UCM), l’ont emporté, laissant la deuxième place aux Comores, représentés par Massiva Chaou et Ali Mohamed Habachiya Binti. Dès le premier tirage au sort des équipes, les deux équipes se sont affrontées pour le premier débat sur le thème suivant : « L’engagement des jeunes suffit-il à transformer la société sans réformes des institutions ? » Le principe est d’avoir une partie « pour » et une partie « contre ». Madagascar a annoncé être « pour ». Presque logique après la révolution Gen Z de septembre et octobre 2025, lors de laquelle les jeunes étaient en première ligne face à la répression militaro-politique. Alors, il fallait s’y attendre. Dans ses arguments, Koloina Fanirisoa Rajaonarivony a fait un clin d’œil à cette aspiration de la jeunesse malgache exprimée dans la rue et qui a évincé Andry Rajoelina. « Je veux vous parler d’un exemple de chez nous, Madagascar, où nous nous sommes mobilisés justement pour déclencher cette transformation. Ne vous rendez-vous donc pas compte qu’à travers le monde, les jeunes bougent… La réforme consolide après la transformation. »
Pour ainsi dire, une réforme ne devance pas une transformation. L’ambiguïté est mince, mais digne d’un débat : faut-il adapter les réformes aux aspirations et à leurs démonstrations, ou réformer et agir après ? Face à un pouvoir oppressif et voleur de deniers publics, c’est la première option qui semble primer. « Six mois après, ils (la Gen Z) ont appris qu’ils ne faisaient même pas partie de la décision de leur propre pays. Certes, un homme est tombé, mais les institutions sont restées. » La réponse de la délégation comorienne est cinglante de vérité : « Les règles n’ont pas changé, parce qu’elles n’ont pas changé, ils n’ont pas été écoutés. » Les cris et les applaudissements fusent dans la salle. « Attendre indéfiniment les réformes institutionnelles… alors que la transformation sociale vient avant tout avec l’engagement citoyen, qui répond directement aux problèmes », rétorquent les Malgaches. Le ton est donné. La parole aux jeunes, tout autant qu’à l’engagement. Cependant, il faut croire qu’à Madagascar, un citoyen doit avoir un pied dans la tombe, un porte-documents en cuir et rêver du meilleur marqueur culturel politique : l’obésité, pour être légitime, que ce soit pour déclencher une transformation ou annoncer la nécessité de réformes. Après cette entrée en matière, les membres du jury ont posé des questions.
« Quels sont les critères pour qu’une institution soit efficace et amène du changement dans la société ? » Première question. Deuxième question : « Qu’est-ce qui susciterait l’engagement citoyen capable de transformer la société ? » Ces deux interrogations ramènent tout de suite l’imaginaire au corporatisme familial et d’origine, à la corruption, à l’opportunisme… Ainsi, les deux équipes se sont livrées à des joutes parfois tendues, parfois très intellectualisées. Après les équipes malgache et comorienne, celles d’Afrique du Sud, du Kenya, de Madagascar, de Maurice et du Mozambique ont pris le relais. Dans l’ensemble, cette jeunesse aspire à une seule chose : ne pas seulement être écoutée, mais surtout agir pour son bien. Bonjour, après les remarques paternalistes d’une ancienne jeunesse qui n’a laissé que la dette et la pauvreté à son pays et aux générations futures.
Maminirina Rado




