
Alors que le troisième Sommet Russie-Afrique s’est ouvert hier à Moscou, le gouvernement américain met en avant son offre de coopération économique et numérique avec le continent.
Washington choisit le moment. Mercredi 28 octobre, à l’occasion de l’ouverture du troisième Sommet Russie-Afrique à Moscou, Jacob Helberg, sous-secrétaire d’État américain aux Affaires économiques, a exposé la vision de l’administration Trump pour ses relations avec les pays africains, dont Madagascar. Derrière le discours sur un partenariat respectueux de la souveraineté se dessine un enjeu majeur. Il s’agit de sécuriser l’accès aux ressources stratégiques du continent et de contenir l’influence de puissances concurrentes, au premier rang desquelles la Chine et la Russie. « Non pas un contrat où l’un signe et l’autre subit, mais un pacte où chacun apporte, où chacun reçoit, où chacun défend ses intérêts à visage découvert. Car l’amitié entre les peuples n’est solide que lorsqu’elle est lucide », affirme Jacob Helberg dans une vidéo relayée par les canaux officiels de la diplomatie américaine en Afrique.
Le choix du calendrier n’est pas anodin. Du 28 au 29 octobre, Moscou accueille des délégations de 48 des 54 pays africains, dont 22 représentés par des chefs d’État, selon les chiffres communiqués par le Kremlin. Vladimir Poutine entend donner un nouvel élan aux relations politiques, économiques et sécuritaires entre la Russie et le continent. Moscou entend déployer son arsenal de coopération, à l’instar de l’initiative chinoise lors du Focac 2024 à Beijing. Washington, de son côté, rappelle que les États-Unis ont eux aussi une offre à faire valoir. Sans nommer explicitement Moscou, le responsable américain insiste sur la transparence des accords et la défense des intérêts de chaque partie. Un discours qui peut se lire comme une réponse indirecte à la stratégie russe, laquelle met en avant la souveraineté des États africains et la volonté de bâtir un ordre international moins dominé par les puissances occidentales.
Dans cette compétition, les ressources du sous-sol africain occupent une place centrale. Les terres rares et les minerais stratégiques, indispensables à de nombreuses technologies modernes, sont devenus un enjeu de sécurité économique et industrielle. Ces minerais entrent notamment dans la fabrication d’aimants permanents utilisés dans les véhicules électriques, les éoliennes, l’électronique et certains équipements de défense. La Chine occupe une position dominante dans les chaînes mondiales d’approvisionnement et de transformation de ces minerais. Pour les États-Unis, diversifier les sources d’approvisionnement ne relève donc plus seulement d’une politique commerciale. Il s’agit aussi de réduire une dépendance stratégique susceptible de peser sur leur industrie et leurs capacités technologiques. C’est dans ce contexte que Jacob Helberg cite expressément Madagascar.
« Madagascar, nous avons annoncé en août 2026 un financement pour préparer le développement d’un projet de terres rares : pour élargir les possibilités économiques du pays et diversifier les approvisionnements de nos industries », déclare le sous-secrétaire d’État américain. L’allusion concerne le projet d’Ampasindava, porté par Harena Rare Earths. Le 7 août dernier, la Société américaine de financement du développement international (DFC) a annoncé un financement destiné à soutenir le développement du projet. L’engagement américain peut atteindre 4,84 millions de dollars et doit notamment contribuer aux travaux préparatoires, aux essais pilotes et aux études environnementales. L’objectif affiché par Washington est de diversifier les sources d’approvisionnement américaines en terres rares. Puis, le 8 octobre, le permis d’exploitation a été attribué à Harena Rare Earths par les autorités malgaches. En soutenant Ampasindava, Washington cherche également à consolider une chaîne d’approvisionnement moins dépendante de la Chine. Le projet malgache prend dès lors une dimension géopolitique qui dépasse largement les frontières de la Grande Île. Le dossier de Toliara, associé au projet américain Vara Mada, reste, quant à lui, en instance.
Rija R.



