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lundi, février 23, 2026
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Anjaratiana Elia Razafindrianiaina : « l’État reprend la main sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène »

Depuis son arrivée à la tête du ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, la Dr Anjaratiana Elia Razafindrianiaina, ministre de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, prend à bras-le-corps une crise de longue date, entre infrastructures vieillissantes, accès limité à l’eau pour des millions de Malagasy et gouvernance défaillante. Dans cette interview, elle explique comment l’État reprend enfin le contrôle et transforme les promesses en résultats concrets.

Midi Madagasikara (MM) : Vous êtes en poste depuis trois mois, quel est aujourd’hui votre diagnostic réel de la situation de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène à Madagascar ?

Anjaratiana Elia Razafindrianiaina (AER) : Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé une situation difficile mais claire : pendant des années, beaucoup de Malagasy n’ont pas eu accès à des services adéquats d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Les infrastructures sont vieillissantes, certaines datent même des années 1970 alors que la demande a explosé avec la croissance démographique. De son côté, le changement climatique exacerbe la pression sur les ressources disponibles.

Un autre fait important aussi, qu’il faut souligner et reconnaître, c’est qu’il n’y a pas eu d’investissement réel dans le renouvellement des infrastructures de la Jirama pendant plus de vingt (20) ans.

M.M : Les pénuries d’eau ont contribué à la chute de l’ancien pouvoir. Qu’est-ce qui a fondamentalement échoué dans la gouvernance du secteur ?

AER : La situation ne découle pas d’une décision isolée mais d’un cumul de plusieurs faits et facteurs. L’on peut citer le manque de coordination des acteurs du secteur Eau, Assainissement et Hygiène, ou encore la lenteur d’exécution, tant technique qu’administrative, de certains projets structurants. Pour ne citer qu’un exemple, le projet Efaho illustre ces difficultés. Des délais contractuels sont dépassés, le projet accuse seulement 28 % d’avancement. De notre côté, nous avons envoyé plusieurs mises en demeure à l’entreprise exécutante.

Pour pallier ces problématiques majeures, nous avons mis en place un mécanisme de coordination des acteurs qui définit exactement leurs rôles respectifs. Nous disposons, à présent, d’une cartographie des acteurs et d’un système de coordination qui mobilise l’engagement des parties prenantes.

M.M : En quoi votre approche/leadership marque-t-elle une rupture concrète avec les pratiques du passé ?

AER : La lenteur dont a souffert le secteur EAH résultait d’un manque de cadrage politique. Ce qui n’est plus le cas actuellement, parce que le gouvernement a une vision claire, traduite par la Stratégie nationale de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène et la modernisation du Code de l’eau.

Sur le plan technique, nous avons mis en place une Cellule d’accélération des projets (CSA) qui sera chargée, comme son nom l’indique, d’accélérer et de contrôler les projets. Des actions à impact ont également été lancées, si l’on ne cite que la mise en place d’environ 130 infrastructures d’eau ayant bénéficié à près de 202 000 personnes.

M.M : L’eau, l’assainissement et l’hygiène ont été déclarés priorité nationale n° 2. Que change réellement ce statut pour les citoyens ?

AER : Ce statut change tout. Depuis la décision gouvernementale du 28 octobre 2025, l’eau, l’assainissement et l’hygiène sont devenus une priorité stratégique nationale, intégrée au programme de refondation de l’État.

Le secteur jouit d’un engagement réel et direct au plus haut niveau de l’État. Il y a une accélération administrative et davantage de mobilisation des partenaires techniques et financiers. L’on peut citer la contractualisation et le début des travaux à Amoronakoana avec la Banque européenne d’investissement (BEI) / Union européenne, ou encore le fonds additionnel de la Banque mondiale pour les projets MIONJO et PAAEP visant à augmenter le taux d’accès à l’eau. Sans oublier la signature, le 17 février 2026, de l’accord sur le projet Eau et assainissement à Toamasina (AEP), d’une valeur de 125 milliards d’ariary, toujours avec l’Union européenne et la BEI.

M.M : Cette priorité se traduit-elle déjà par des décisions budgétaires claires, mesurables ainsi que par des actions concrètes ?

AER : Il y a actuellement une reconnaissance collective de la nécessité d’augmenter le budget du ministère. Ce qui est chose faite avec l’augmentation de 20 % du budget alloué au secteur dans la LFI 2026.

Je profite de cette occasion pour informer les citoyens que, dans sa vision, le gouvernement met en œuvre plusieurs chantiers afin d’augmenter significativement le taux d’accès à l’eau potable. Des travaux urgents sont, par exemple, en cours actuellement. Entre autres, les travaux de renouvellement des conduites d’eau à Antananarivo et dans d’autres régions et districts du pays. Pour Antananarivo, cela va concerner quelques quartiers (non exhaustifs) comme Analamahitsy, Ivandry ou encore Androhibe.

Grâce à ces efforts, certaines améliorations sont déjà visibles.

D’autres projets majeurs vont, quant à eux, augmenter durablement la production d’eau et apporter des solutions pérennes. L’on parle notamment des nouvelles stations de pompage à Mandroseza, capables d’atteindre 120 000 m³/jour, et des nouvelles infrastructures à Amoronakona produisant 50 000 m³/jour.

Plusieurs projets sont actuellement en cours de préparation ou en cours de réalisation dans les autres villes et régions de Madagascar (Manakara, Mananjary, Fianarantsoa, Diego, Mahajanga, Antsirabe, Belo-sur-Tsiribihina, …)

M.M : Il y a eu récemment des dégâts causés par le cyclone Gézani à Toamasina et ses environs. Qu’est-ce que le MEAH a fait pour appuyer la région ?

AER : Le MEAH a déployé des réponses pour aider la population à faire face au choc. Deux groupes électrogènes de 500 kVA et de 160 kVA ainsi qu’une unité de traitement d’eau ont été déployés sur place. L’eau est revenue trois jours après le passage du cyclone. Dans une optique de durabilité, des projets structurants vont apporter des solutions à long terme avec des infrastructures résistantes aux aléas climatiques.

M.M : L’assainissement reste le parent pauvre des politiques publiques, quelles actions immédiates comptez-vous engager pour changer cela ?

AER : Nous avons décidé de traiter l’assainissement avec la même priorité que l’eau dans le Code de l’eau et la Politique nationale.

Récemment, le ministère et ses partenaires ont lancé le concours « Fokontany Madio ». L’objectif est de dynamiser la population et les décideurs pour prendre conscience de l’importance de l’assainissement. Il est important de renforcer la sensibilisation auprès des communautés.

Par ailleurs, nous avons déjà soutenu les communes à travers des initiatives d’assainissement urbain, de curage des canaux et de gestion des déchets. Des blocs sanitaires ont été installés dans plusieurs régions, ce qui a profité à des dizaines de milliers de personnes. Sans oublier les campagnes nationales pour renforcer la culture de l’hygiène.

M.M : Comment garantir la transparence et éviter la corruption dans un secteur aussi sensible ?

AER : Le nouveau Code de l’eau renforce les mécanismes de contrôle et les sanctions. Nous suivons techniquement les projets à travers la Cellule d’accélération des projets, nous exigeons des rapports réguliers et nous auditons les chantiers. La transparence est également garantie par la mise en place de la DCLIC, ou Direction du contrôle interne de la lutte contre la corruption, auprès du ministère.

Nous gouvernons avec un principe non négociable : la transparence totale et la redevabilité permanente. À titre d’information, le projet EFAHO fait l’objet d’une évaluation technique approfondie avant toute décision contractuelle afin de protéger les finances publiques.

M.M : Les mots de la fin ?

AER : Nous sommes actuellement en pleine refondation. Le gouvernement ne ménage pas ses efforts afin de répondre aux attentes de la population et de résoudre la crise, de longue date, de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène. Des projets structurants sont en cours et des travaux urgents sont menés partout dans le pays.

Pour le MEAH, la refondation se traduit également par des travaux de renouvellement des conduites de distribution d’eau. Des perturbations de l’approvisionnement sont prévues dans les villes concernées par ces travaux. Nous invitons la population à faire preuve de compréhension et d’indulgence, le temps que ces travaux soient terminés.

Propos recueillis par José Belalahy

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