
Le processus de transition engagé à Antananarivo sera déterminant pour espérer un retour complet au sein des instances africaines et une levée des sanctions.
L’image était forte. À Addis-Abeba, au siège de l’Union africaine, les ministres des Affaires étrangères du continent ont pris place pour la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif. Tous, ou presque. La chaise de Madagascar est restée vide. Christine Razanamahasoa, ministre des Affaires étrangères, n’a pas participé à cette réunion stratégique, prélude immédiat au 39ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu les 14 et 15 février prochains dans la capitale éthiopienne. Une absence qui n’a rien d’anodin. Elle intervient dans un contexte de suspension du pays des instances de l’Union africaine depuis octobre 2025, à la suite du changement de régime intervenu le 12 octobre, après le départ d’Andry Rajoelina. Une situation que l’organisation continentale qualifie de rupture de l’ordre constitutionnel.
Le Conseil exécutif, composé des ministres des Affaires étrangères des États membres, joue un rôle central dans l’architecture institutionnelle de l’Union. Il prépare l’ordre du jour des sessions de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement et examine les projets de décision qui seront soumis au sommet. Sa 48ᵉ session ordinaire s’inscrit donc dans un moment clé du calendrier diplomatique africain. La non-participation de la cheffe de la diplomatie malgache confirme de facto l’isolement institutionnel du pays au sein de l’organisation. Hier, lors de la cérémonie d’ouverture, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a rappelé la position de l’institution sans détour. « Madagascar et la Guinée-Bissau ont connu un changement de régime par une voie inconstitutionnelle », a-t-il déclaré. Une phrase lourde de sens, qui réaffirme la doctrine de tolérance zéro de l’Union africaine face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Depuis octobre 2025, des sanctions pèsent sur la Grande île. Madagascar est suspendu de toutes les instances décisionnelles de l’Union africaine. Cette suspension prive le pays de participation active aux travaux des organes politiques, dont le Conseil exécutif et la Conférence des chefs d’État. Dans ce contexte, l’absence de Christine Razanamahasoa à Addis-Abeba apparaît comme la conséquence directe de cette mise à l’écart institutionnelle. Pour autant, la fermeté affichée ne signifie pas fermeture. L’Union africaine affirme parallèlement sa disponibilité à accompagner Madagascar dans son processus de transition.
Dialogue inclusif. Mahmoud Ali Youssouf a réitéré, hier à Addis-Abeba, la volonté de l’organisation de soutenir un retour à l’ordre constitutionnel par la voie du dialogue et de la médiation. Dans cette dynamique, Addis-Abeba a déjà engagé des démarches concrètes. En janvier dernier, une mission a été dépêchée à Antananarivo pour évaluer la situation. La délégation était conduite par le Djiboutien Mohamed Idriss Farah, envoyé spécial de l’Union africaine. Celui-ci a rencontré plusieurs acteurs politiques, institutionnels et sociaux afin de consulter les parties prenantes et mesurer l’avancement de l’initiative malgache. Le 4 février, l’ambassadeur Idriss Farah a présenté son rapport au président de la Commission. Selon le compte rendu officiel de l’Union africaine, il a fait état des évolutions constatées sur le terrain. Il a notamment souligné « l’engagement des autorités à Antananarivo à rester sur la voie d’un dialogue politique inclusif et crédible, avec de larges consultations en cours ». Une appréciation qui laisse entrevoir une marge de progression, mais aussi une surveillance étroite du processus.
L’envoyé spécial de l’Union africaine a également évoqué « des indicateurs économiques encourageants au cours des trois derniers mois ». Un élément important dans un contexte de transition politique, où la stabilité macroéconomique constitue un facteur clé de crédibilité. Dans la foulée, il a proposé la mise en place d’un groupe de contact interinstitutionnel sur Madagascar, mécanisme susceptible de structurer l’accompagnement international et de coordonner les efforts des différentes parties prenantes. En réponse, Mahmoud Ali Youssouf a salué ce briefing et réaffirmé la ligne directrice de l’Union africaine. Il a insisté sur « l’approche de principe de l’Union africaine face aux transitions politiques : le respect d’une solution conduite par les Malgaches eux-mêmes, avec l’accompagnement de l’Union à travers la diplomatie préventive et la médiation, en vue d’un retour complet à l’ordre constitutionnel ». Une formule qui résume l’équilibre recherché par Addis-Abeba : ne pas s’ingérer, mais ne pas se désengager.
Rija R.




