
Madagascar ne veut plus subir sa dépendance stratégique. Il entend désormais choisir, diversifier et construire, quitte à bousculer les équilibres établis.
Le nouveau régime engage Madagascar sur un terrain hautement stratégique. La création d’une usine nationale d’armement est désormais à l’étude. L’annonce a été faite hier à Ivato par le président de la Refondation de la République, Michaël Randrianirina, au retour d’un voyage officiel à Abu Dhabi. « Nous avons signé un accord pour un projet de création d’une usine d’armement dans le pays avec une société chinoise », a-t-il déclaré devant la presse. Aucun détail n’a cependant été communiqué sur la nature exacte du projet, ni sur l’identité du partenaire chinois. Le chef de l’État s’est contenté d’indiquer que « des avancements seront connus dans les semaines qui suivent ».
Cette annonce est perçue comme un nouveau cap dans la doctrine sécuritaire du régime issu de la Refondation. Pour la première fois, l’Exécutif évoque ouvertement la mise en place d’une capacité industrielle locale dans le domaine de l’armement, un secteur jusqu’ici largement dépendant de partenaires extérieurs, malgré l’existence de l’usine d’armement de Moramanga. Le flou entretenu autour du projet n’enlève rien à la portée politique du signal envoyé. Madagascar entend désormais se positionner comme un acteur plus autonome sur le plan stratégique. Pour les observateurs, cette orientation est appréciée comme une volonté claire de rompre avec les schémas traditionnels de coopération exclusive.
Rééquilibrage
« Le partenariat sera scellé avec une société chinoise », a confirmé le président, sans en dire davantage. Ce silence nourrit les interrogations, mais alimente aussi les spéculations sur l’ampleur réelle du projet : simple unité d’assemblage ou véritable chaîne de production ? À ce stade, aucune précision officielle n’a été apportée. Sur le terrain, la diversification des partenariats stratégiques est déjà en marche. Récemment, des instructeurs russes ont débarqué à Madagascar pour former les forces armées malgaches à l’utilisation de nouveaux armements fournis par la Russie. Une coopération militaire qui tranche avec les habitudes diplomatiques du pays et qui confirme un rééquilibrage assumé des alliances sécuritaires.
Historiquement, les coopérations en matière d’équipements militaires ont été développées principalement avec la France. Ce partenariat, ancien et structurant, a longtemps constitué l’ossature de la politique de défense malgache. Mais le nouveau régime semble vouloir tourner cette page. Sans rompre officiellement avec Paris, l’Exécutif affiche sa volonté de ne plus s’en remettre à un seul partenaire stratégique. Cette ouverture vers la Russie et la Chine s’inscrit dans une logique plus large de repositionnement géopolitique. Le discours de la Refondation met en avant la souveraineté, l’autonomie décisionnelle et la diversification des alliances comme piliers de la nouvelle doctrine étatique. Dans ce cadre, le secteur de la défense apparaît comme un levier central, à la fois symbolique et opérationnel.
Rija R.


