Colonel Richard Ratsimandrava : un officier au service du peuple

Le début des années 1970 à Madagascar est une période de turbulences profondes. La démission du général Gabriel Ramanantsoa, figure militaire au pouvoir, ouvre un vide politique et social que beaucoup craignent. C’est dans ce contexte fragile que le colonel Richard Ratsimandrava, alors âgé de 43 ans et ancien ministre de l’Intérieur, accepte le pouvoir avec une détermination célèbre : « Tsy miamboho adidy aho mon général » — « Je n’abandonne pas mes responsabilités, mon général ». Cette phrase résume sa vision, un engagement concret au service du peuple et de la stabilité nationale.
Ratsimandrava est un partisan convaincu du Fokonolona, structure traditionnelle de gouvernance communautaire et pilier d’une démocratie participative malgache. À travers ce concept, il entend articuler une politique qui relie le pouvoir central aux réalités locales, cherchant à rapprocher l’État des citoyens dans un pays secoué par les crises sociales. Avant même de devenir ministre, il se distingue comme médiateur. En avril 1971, confronté à une révolte paysanne dans le Sud, il prend l’initiative de mettre fin aux affrontements et consacre plus d’un mois à apaiser les tensions. Cette expérience lui confère une légitimité rare, celle d’un officier capable de concilier force et dialogue, autorité et empathie.
Non à la répression
Le 13 mai 1972, lors de la manifestation estudiantine à Antananarivo, notre personnage oppose son autorité à la répression armée. Sa fermeté face aux ordres contraires le place en conflit avec le régime de Tsiranana, qui l’accuse de rébellion. Mais cette posture courageuse consolide son image auprès du peuple : il est un officier qui se tient du côté de ses concitoyens et non simplement du pouvoir. Quelques jours plus tard, il est nommé ministre de l’Intérieur et commandant de la Gendarmerie nationale dans le gouvernement de Ramanantsoa. Sa mission dépasse la simple administration : il participe à une réorganisation de l’État, visant à le rendre plus proche des réalités locales et à préparer des réformes institutionnelles.
Cinq mois après sa nomination, le référendum sur la création du Fokonolona est organisé. Cette consultation populaire n’est pas seulement symbolique : elle traduit une volonté de donner corps à la « démocratie communautaire », en institutionnalisant les structures locales et en impliquant les compatriotes dans la vie politique. Le 1er janvier 1973, Richard Ratsimandrava est promu colonel, reflet de son ascension et de sa reconnaissance au sein de l’appareil d’État.
Le sens de l’écoute. Entre mars 1973 et décembre 1974, il gagne le surnom de « ministre des problèmes ». Mais ce titre cache une méthode novatrice : à travers les ondes de Radio Madagascar, il ouvre un espace inédit de dialogue direct entre le peuple et ses représentants. La liberté de la presse est alors totale, et un programme de sensibilisation au Fokonolona accompagne l’organisation d’élections locales, établissant un précédent de participation démocratique à l’échelle nationale.
Cette période de renouveau politique prend fin le 23 janvier 1975, lorsque le général Ramanantsoa dissout son gouvernement. Mais l’héritage de Ratsimandrava dépasse son passage au pouvoir : sa vision d’un officier au service du peuple, capable de combiner rigueur militaire et médiation sociale, reste une référence pour les observateurs de la politique malgache et un exemple durable de leadership enraciné dans les communautés.
Iss Heridiny


