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jeudi, janvier 15, 2026
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Coopération militaire : Des instructeurs russes à Antananarivo

Des équipements militaires russes exhibés par la Présidence de la République

Madagascar diversifie ses partenariats sécuritaires, un domaine longtemps considéré comme une chasse gardée de la France.

Des militaires russes sont arrivés à Madagascar pour former des unités des Forces armées malgaches à l’utilisation de nouveaux équipements militaires fournis par la Russie. L’information a été officialisée hier par la Présidence de la République, dans un communiqué daté du 14 janvier. Visiblement, selon les photos qui ont été largement partagées par la Présidence de la République, ces livraisons comprennent notamment des armes de précision et des équipements de pointe, destinés à renforcer les capacités opérationnelles de plusieurs unités basées à Antananarivo. Cette coopération militaire, qui inclut une formation directe assurée par des experts russes, marque une étape inédite depuis plusieurs années. « Madagascar est ouvert à coopérer avec tous les États », justifie la Présidence dans son communiqué, soulignant une volonté affichée de diversification des partenariats stratégiques dans un contexte international de plus en plus polarisé.

Cette formation militaire dispensée par la Russie constitue une première du genre depuis plusieurs années, même si Madagascar, selon la Présidence de la République, avait déjà bénéficié d’armements russes durant la période de la Deuxième République. À l’époque, la coopération portait essentiellement sur les équipements, notamment les fusils Kalachnikov, a rappelé la Présidence. Cette fois, l’accent est mis sur le transfert de compétences, avec des instructeurs russes directement déployés pour accompagner les militaires malgaches dans la prise en main de matériels sophistiqués. Plusieurs unités stationnées à Antananarivo sont concernées, selon le communiqué présidentiel, sans que les autorités ne précisent le calendrier exact ni la durée de cette mission de formation.

Depuis le début de la 3e République, la formation des militaires malgaches constitue un axe majeur de la coopération avec la France. Depuis des décennies, des coopérants militaires français sont en détachement auprès de l’état-major de l’armée et de l’état-major de la gendarmerie. Ils occupent des bureaux au cœur même du commandement militaire. Les unités d’élite, notamment la garde présidentielle, ont également bénéficié à plusieurs reprises d’un appui technique et opérationnel français. L’arrivée d’instructeurs russes ne se substitue pas officiellement à ces dispositifs existants, mais elle introduit un nouvel acteur dans un champ jusqu’ici largement structuré par l’influence française. Un signal qui ne passe pas inaperçu, alors que la présence militaire française recule dans plusieurs pays africains, notamment au Mali, au Sénégal, au Niger et au Burkina Faso, au profit de partenariats alternatifs.

Souveraineté de choix. Cette évolution intervient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques internationales, marquées par la guerre en Ukraine, la rivalité stratégique entre la Russie et les puissances occidentales, et une recomposition progressive des alliances en Afrique. Moscou cherche à renforcer ses positions sur le continent, notamment à travers des coopérations sécuritaires et militaires, tandis que plusieurs États africains revendiquent une politique étrangère plus autonome et moins alignée. Pour Madagascar, cette ouverture affichée à « coopérer avec tous les États » traduit une volonté de ne pas s’enfermer dans un partenariat exclusif. Le 20 décembre dernier, un avion russe a atterri dans la capitale avec, à son bord, des militaires et des caisses d’équipements présentés comme du matériel militaire. Le pilotage de cette opération aurait été confié sous la supervision directe du commandant de l’unité 29155 du GRU, une structure du renseignement militaire russe réputée pour ses opérations sensibles à l’étranger. Cette unité, dirigée par le général Andrey Vladimirovich Averyanov, est perçue comme un instrument central de la recomposition de l’influence russe en Afrique après la mise à l’écart du groupe Wagner.

Visiblement, le pouvoir malgache met en avant une « approche pragmatique », fondée sur le renforcement des capacités nationales, dans un contexte régional et international jugé instable. Au-delà de l’aspect technique, cette coopération avec la Russie envoie un message politique clair. Elle affirme la « souveraineté du choix stratégique » malgache et sa capacité à diversifier ses alliances, au moment où les rapports de force mondiaux se durcissent. Elle illustre aussi l’émergence d’un multilatéralisme sécuritaire, dans lequel les États africains cherchent à tirer parti de la concurrence entre grandes puissances. Reste à savoir comment cette nouvelle coopération sera perçue par les partenaires traditionnels de Madagascar, et si elle s’inscrira dans la durée ou restera limitée à une mission ponctuelle de formation.

Rija R.

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