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lundi, mars 31, 2025
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29 mars 1947 : « évolués », « françafrique » et indépendance

L’impact du « 29 mars 1947 » à Madagascar a été de transformer la quête de liberté en quête d’indépendance. Le temps pour les Français colonisateurs de préparer leur stratégie et leurs pions via la « françafrique » de l’après-guerre. Quid du néo-colonialisme ou d’une décolonisation creuse sous le sceau de « guerres de l’énergie ».

Jacques Foccart, le prince du néocolonialisme « français » en Afrique et Madagascar.

Le, la ou les stagiaires malgaches au « 37, Quai d’Orsay – 75007 Paris » dans les années 70/80 ont probablement entendu au moins une fois parler du « grand projet pour Madagascar » , cacardé par les agents et les hauts fonctionnaires des directions de ce ministère français. Pour dire que la France n’a jamais été loin des grands changements historico-politiques et économiques de la Grande Île, depuis 1895, année de la colonisation, jusqu’en 2019, quand Emmanuel Macron plantait un « ici c’est la France » sur la Grande Glorieuse. Celle-ci compte parmi les îles éparses dans le Canal de Mozambique, espace insulaire qui selon la juridiction internationale fait partie du territoire malgache. Avec un immense potentiel énergétique, des réserves naturelles uniques, ces bouts de terres cristallisent à nouveau les réminiscences du néo-colonialisme français.

La fabrique des « évolués »

Affiche coloniale de propagande justificative de la mission civilisationnelle des français colons.

Ce néo-colonialisme héritage de la « françafrique », pensé par le raciste Charles de Gaulle, alors chef d’Etat français, impulsé par son compagnon de route de toujours Jacques Koch-Foccart, avec la connivence des élites africaines, ces « évolués » soumis et apeurés par un meurtrier système « bâton et carotte ». Les « évolués » étaient à l’époque ceux ou celles avec qui le blanc pouvait discuter des choses du monde, qui méritaient de boire du vin, être un bon chrétien et avoir une certaine éducation… Une communauté d’où l’administration coloniale pouvait puiser des subalternes de confiance. A la racine de cette acculturation forcée se trouvait la crainte d’être visé par la « chasse aux sorcières » de Gallieni et ses sbires. Les descendants des familles royales, les bourgeois soupçonnés de trahison… formaient une partie des premiers contingents de « déracinés ». Le père Rémy Ralibera dans son livre « Souvenirs et témoignages : de la colonisation à la IIIe » (2007) cite quelques noms de famille tananarivienne, complétant le discours de Lomima Tshimbamba avec son cinglant « Quelle sera notre place dans le monde de demain ? » (1945). A l’indépendance des « Afriques », la France possédait déjà toute une lignée de pions à placer aux côtés des « coopérants », parfois en solo, dans la nouvelle administration. Les leviers de la « françafrique » en quelque sorte. Des individus, au fur et à mesure des générations, manipulés par l’idée d’une France civilisatrice et de la mission humanitaire de la colonisation, bien que le sang de centaines de milliers de Malgaches ait été versé pour asseoir ce pouvoir impérialiste. Le crime d’Ambiky du 30 octobre 1897 qui a mené au décès sur le champ de bataille du roi Toera a compté plus de 20 000 morts selon les estimations de Jeanne Rasoanasy, répertorié dans son livre « Diarin-dRasoanasy sy ny Menalamba sy ny Tanindrazany » (1976). Dans une journée prolifique, des centres d’extermination nazis comme Treblinka atteignaient difficilement ces chiffres. La répression aveugle post-mars 1947 a aussi coûté des dizaines de milliers de vies et fait des victimes oubliées. Chose étonnante, l’historiographie moderne a fait que le génocide colonial à Madagascar accentué par Gallieni passe face à l’examen international de la moralité, tandis que celui d’Hitler cale, faisant encore l’objet de « larmoiements » surmédiatisés et institutionnalisés.

Le fameux jour d’octobre 2019, avec le « Ici c’est la France » d’Emmanuel Macron en foulant les îles éparses, pourtant territoire malgache.

La galaxie « françafrique ». La « françafrique » avait alors pour objectif de muer ces décennies de massacres et d’humiliation en une « collaboration historique » où la France avait toujours son veto jusque dans les politiques internes d’une ancienne colonie. Charles de Gaulle et François Mitterrand, avec son « SS » de service Charles Pasqua, pouvaient convoquer les présidents africains. Ces derniers étaient de simples valets, tandis que le Gabonais Omar Bongo bénéficiait d’un traitement spécial, parce que fournisseur de mallette à billets. Dénoncé, le président de la République du Cameroun a financé des partis politiques de droite, des campagnes présidentielles de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy… selon Wikileaks en 2009, réelle ramification de la « françafrique » sur le continent africain. Les personnalités visibles de cette main-mise néocoloniale orbitent en tout temps autour de la sphère politique française. Rouages dans l’ombre de la politique internationale française, les précurseurs sont Pierre Guillaumat, Jacques Foccart, Maurice Robert… Le flambeau a été repris aux côtés des services secrets par les Charles Pasqua, Pierre Juillet, Robert Bourgui, Martin Kirsch, Nicolas Sarkozy, etc. Grâce à Omar Bongo, la France apportait une démonstration aux autres présidents africains des avantages d’une bonne « soumission ». En contrepartie, le pays des droits de l’homme fermait les yeux sur des centaines d’exactions commises par le pouvoir « Bongo ». L’entourage du chef d’Etat africain bénéficie des mannes du pétrole, transformées en richesse familiale. La société pétrolière « Elf », ancêtre de Total, jubile. Dès lors, le Gabon devient l’avant-poste du néo-colonialisme en Afrique avec la bénédiction des Etats-Unis. Un fond spécial est réservé par « Elf » pour préparer des coups d’Etat contre des dirigeants de pays hostiles à la continuation de l’occupation « non dite » française. A l’instar de certaines alliances françaises qui auraient, selon une partie de l’élite africaine, financé des mouvements populaires dont le statut d’association facilite le passage des fonds et éloigne les regards. Des spéculations pour le moment donc.

Renier sa version de l’histoire. A Madagascar, les livres sur les luttes de liberté et les exactions des colons sur le sol national étaient encore interdits dans les librairies du temps de la deuxième République. La production historique des auteurs malgaches a été freinée par des taxes mirobolantes. Des détails, sauf qu’il fallait que subsiste une seule version officialisée de la relation France-Madagascar. Soit l’apport civilisationnel du colon au profit de la douleur générationnelle de millions de Malgaches. La grande question au nom de la décolonisation est, 29 mars 1947-29 mars 2025, l’indépendance est là certes, mais la liberté est-elle acquise ?

Maminirina Rado

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