
« Fédéralisme » : un mot en vogue en ce moment dans certaines régions. La décentralisation, elle, n’est plus à la mode. Apparemment, une frange de la population alimente la colère de ses concitoyens. Impulsifs, ces derniers, sans discernement, deviennent des imitateurs dépourvus d’esprit critique.
L’éloignement géographique soulève des interrogations : « Sommes-nous préparés pour cela ? Avons-nous réfléchi à la faisabilité de ce système politique ? », se demande Stanio Bezara, journaliste à Antsiranana. En effet, c’est dans cette grande ville du Nord que l’on entend souvent des individus réclamer cette réforme. La situation géographique de Diego-Suarez est l’une des raisons, parmi tant d’autres, qui pousse une partie de la population à adopter cette forme d’organisation.
En outre, l’histoire est mal racontée. Profanes en la matière, certains pseudo-raiamandreny, plongés dans le regret d’un passé où ils détenaient des fonctions dirigeantes, se sentent aujourd’hui désavoués par le système. Animés par un désir de revanche, ils cherchent à se venger à tout prix. En racontant des récits burlesques, ils subjuguent des jeunes déboussolés par leur éloquence. La discussion tourne autour de discours tels que : « Ceux de l’arrière-pays nous pillent. Ils détiennent notre économie. Ils ne lâcheront rien tant que nous resterons les bras croisés. C’est le cas depuis leur souverain Laidama ! » Ce passé douloureux devient ainsi un échappatoire.
Trois crises, une même formule. Le fédéralisme a suscité de nombreux débats politiques, notamment lors de la Conférence des États fédérés à Toamasina, en 1991. En 2002, une tentative de sécession a été mise en œuvre par les pro-Ratsiraka à la suite de la crise postélectorale. Le sujet a également été soulevé lors du Dinika Santatra, en 2010. Cependant, les requêtes des districts et des régions n’ont jamais été prises en compte. Il est important de noter qu’à chaque fois que Madagascar traverse une crise, la question du fédéralisme revient sur le tapis. L’agitation devient une opportunité. Or, l’émotion est une mauvaise conseillère. L’économiste Mariot Be confirme : « Certes, la période de crise peut sembler propice pour rénover le pays. Mais il faut aussi examiner attentivement les circonstances. Cela doit se faire de manière progressive. » Pourtant, les apôtres du fédéralisme exècrent ce mot : « progressive ». Perlino Ilaimanavotra, partisan fédéraliste jusqu’à la moelle des os, campe sur ses positions : « Nous voulons une rupture franche. Nous continuons à appliquer une méthode ancienne. Pour moi, la refondation repose sur le fédéralisme. »
Si cette structure gouvernementale est réclamée depuis trois décennies, il existe, quelque part, une volonté de remettre les pendules à l’heure. Néanmoins, la manière dont elle est présentée demeure totalement improvisée. La dépendance à la capitale est une évidence, mais elle exige une réflexion approfondie. « Les régions doivent être équilibrées : même sécurité sanitaire, même niveau d’éducation, un véritable pouvoir décentralisé. Que les habitants de Bekily soient traités de la même manière que ceux de Sambava. Et c’est faisable », soutient le confrère, journaliste culturel, Maminirina Rado.
Le Pr Manassé Esoavelomandroso, historien, rappelle qu’en 1960, « l’équilibre régional était une réalité ». Les enfants du XXIe siècle peinent à croire cette affirmation de ce grand érudit. Plus le temps avance, plus l’État régresse.
Iss Heridiny


