
Les personnels de l’information de la pointe nord, une fois encore, passent à la trappe — une tradition solidement enracinée. Les régimes se succèdent comme on change de chemise mais les instances locales continuent de négliger le « quatrième pouvoir » des régions.
Inabordabilité. Intermédiaires entre dirigeants et population, les journalistes sont censés éclairer le public sur les enjeux politiques, sociaux, économiques et culturels. Dans les régions, en l’occurrence Antsiranana, cette mission noble se transforme parfois en parcours du combattant. Certains responsables, champions toutes catégories de l’arrogance, s’abritent derrière des pseudo-protocoles savamment conçus… pour fermer les portes plutôt que pour informer. Et, cerise sur le gâteau, les confrères et consœurs deviennent immédiatement boucs émissaires dès l’ouverture de chaque réunion. « Ici, entre nous, la duplicité mutuelle est un art de vivre », confie l’un d’entre eux, le visage à moitié masqué par le désarroi. Avec plus de 15 ans de carrière, une autre accepte de parler, sous couvert d’anonymat : « Quelques dirigeants locaux nous toisent de haut. On ne nous appelle que pour embellir leur image, tandis qu’ils font comme si nous n’existions pas dès que nos confrères de la capitale passent. Une triste vérité. »
Humiliation. Et comme si cela ne suffisait pas, l’intimidation s’en mêle. Des remarques disproportionnées visent ces scribes modernes, compromettant leur capacité à remplir leur devoir envers les citoyens. Entre arrogance, posture, sourires forcés, informer à Antsiranana relève parfois du sport extrême. Oui, la manière est récurrente. Cependant, on a laissé passer… le fleuve sous le pont, en attendant, avec un optimisme naïf, que les raiamandreny se décident à retrouver la raison », mais ce qui s’est passé à l’aéroport d’Antsiranana le mercredi 6 janvier dernier a véritablement choqué les agents de l’info. « Nous, présents sur place, n’avons pas été autorisés à pénétrer dans le salon VIP de l’aéroport afin de couvrir l’arrivée de Monsieur le Président. Seuls les journalistes accrédités par la Présidence ont pu y accéder, un agent du protocole d’Antsiranana nous en a empêché. Une telle situation constitue un véritable manque de respect envers la presse locale et cette pratique doit cesser sans délai », a déclaré Stanio Bezara… Izdine Moussa, ce prétendu agent du protocole, n’en est pas à son premier abus : il lui arrive en effet d’écarter catégoriquement des journalistes devant l’assistance lors des conférences. Ceux-ci, dédaignés, quittent la salle, le visage marqué par l’humiliation. Il ne s’agit nullement de jeter le moindre blâme sur la personne en question, loin de là. Toutefois, il faut tout de même reconnaître que son geste constitue un véritable choc pour la sensibilité – et la dignité – de toute la communauté journalistique. La patience a ses bornes. Il conviendrait donc de rétablir avec précision la vérité afin que de tels agissements ne se reproduisent plus.
« Protéger la presse comme on protège un organe vital de la démocratie. Sans cela, notre quatrième pouvoir restera une lampe sans huile, un funambule sans corde, et une conscience collective en état de coma prolongé », a conclu Cerveau Kotoson. Il a effectivement un mot à dire, lui qui exerce cette passionnante profession depuis 1998.
En définitive, bien que le premier responsable de la Direction régionale de la communication et de la culture (DRCC) essaie de mettre en avant l’importance de ces « communicateurs », une frange de hauts dignitaires continue de bafouer la liberté et le devoir de la presse. La pointe de la Grande-Île ne serait qu’un petit aperçu de cette fameuse « marginalisation ». Les confrères et consœurs des régions reculées, eux aussi, goûtent pleinement aux joies de l’oubli. Quant à la liberté de la presse… elle semble se porter à merveille… dans un état d’agonie avancée.
Iss Heridiny



