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lundi, mars 2, 2026
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Expression : Madagascar entre deux vents

Tamatave encore secouée par Gezani. À l’Ouest, Fytia a joué les coiffeurs brutaux en ébouriffant les arbres. Les Malgaches, eux, prient pour que le ciel se calme. La crise suffit largement ; nul besoin d’y ajouter des rafales supplémentaires.

Pendant que les toitures s’envolent, la diplomatie, elle, décolle. Le président de la Refondation de la République de Madagascar a été convié par deux grandes puissances : la Russie de Vladimir Poutine la semaine dernière, puis la France d’Emmanuel Macron le mardi 24 février dernier. Message officiel : la Grande île s’ouvre à toutes les nations désireuses de coopérer. Traduction officieuse : la porte est ouverte, mais qui tiendra la poignée ? Les cyclones seraient-ils devenus des opportunités diplomatiques ? À catastrophe naturelle, solidarité internationale. À solidarité internationale, intérêts stratégiques. Si l’on aide, c’est aussi qu’on convoite. Et la position géographique de Madagascar, carrefour discret de l’océan Indien, n’est pas qu’un simple détail de carte postale.

Dans ce ballet de puissances, les dirigeants du « fanavaozana » devront apprendre l’art du funambule : jongler avec la dualité Moscou-Occident sans se brûler les mains. Pendant que la Russie avance ses pions, l’Occident muscle son discours. Et au loin, les États-Unis de Donald Trump observent, sourire en coin. Trois faucons au-dessus d’un même ciel. Le monde traverse une crise exceptionnelle. Pour certains, c’est du jamais-vu. Pour d’autres, c’est la saison 2 de la guerre froide, version haute définition. L’Afrique, elle, a déjà commencé à choisir ses partenaires. Ici, un drapeau russe flotte fièrement ; là, on jure fidélité à l’ancienne puissance tutélaire. Madagascar, officiellement, reste neutre. Neutralité prudente ou neutralité dubitative ? Dieu seul sait ! Sous un autre angle, cela ressemble à un non-alignement stratégique. Une ligne fine, presque invisible, entre indépendance et influence. En outre, ministres, hauts fonctionnaires, chefs d’institution : beaucoup ont été formés à l’étranger. Par reconnaissance, par affinité, parfois inconsciemment, ils regardent vers leurs « nations éducatrices ». Les réflexes académiques deviennent des réflexes diplomatiques. Et l’on canalise, doucement, le cap présidentiel vers ceux qui ont offert diplômes et réseaux. L’objectif reste noble : sauver le peuple malgache, surtout les sinistrés. Mais l’histoire montre qu’entre l’intention et l’itinéraire, la boussole peut dévier. Une feuille de route se dessine ; certains diront vers la droiture, d’autres vers la dépendance.

À force d’accorder l’inaccordable, on finit par croire aux symboles. Fytia soufflant vers l’Ouest comme un parfum hexagonal. Gezani frappant l’Est avec l’insistance d’un empire qui veut marquer son époque. Métaphore, peut-être. Les cyclones n’ont rien de géopolitique. Mais dans un pays où le ciel parle aux pasteurs et où les ombiasy lisent les signes en transe, la tentation est grande d’y voir un message. Entre révélation divine et coïncidence météorologique, Madagascar ne peut pas se permettre d’être le terrain d’atterrissage d’ambitions étrangères. La Grande île doit maîtriser ses vents, choisir ses alliances sans perdre son cap, puisqu’entre l’Est et l’Ouest, le vrai combat n’est pas celui des puissances, c’est celui de la souveraineté.

Iss Heridiny

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