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mardi, février 10, 2026
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Expression : Saint-Valentin : la crise s’invite au lit conjugal

La vie de couple, elle aussi, aurait bien besoin d’une refondation. Car la crise économique ne se contente plus de vider les poches : elle s’infiltre désormais dans les cœurs, s’assoit dans le salon et finit par s’étendre, sans gêne, sur le lit conjugal. Les employés licenciés d’entreprises en faillite, la montée inexorable du chômage… tout cela engendre une anxiété sourde, puis des frustrations tenaces au sein des foyers malgaches. L’amour, lui, tente de tenir bon.

Au début.

« Nous allons surmonter tout cela ensemble », se disent-ils, main dans la main, l’espoir encore chaud. Mais au bout d’un moment, le silence devient pesant. Il étouffe le salon, engloutit le bruit de la marmite presque vide et résonne plus fort que mille disputes, alourdi par le délestage. Des sujets qui n’ont rien à voir avec la crise surgissent brusquement, étalés sur la table à manger — table qui, ironie du sort, ne supporte plus que de maigres nourritures.

L’altercation, elle, finit par tracer une frontière épaisse sur le lit conjugal. Chacun regarde le plafond, ce vieux témoin muet des intempéries, des aléas de la nature… et des caprices humains. Le plafond sait tout, mais ne dit rien.

Ces derniers quinquennats, la Saint-Valentin n’est plus vraiment cette fête où les amoureux font la rétrospective de leur première rencontre. Ce moment où l’on sourit en se rappelant comment le jeune homme, tellement stressé par l’amour, avait embrassé la jeune femme d’une manière aussi maladroite que sincère. Aujourd’hui, le 14 février ressemble davantage à un jour de procès conjugal, durant lequel la femme, souvent juge et procureure, condamne les faits et gestes douteux de son conjoint, preuves à l’appui, mémoire intacte.

Le sociologue Charles Deraina Andriamanarina affirme d’ailleurs : « L’amour s’efface rapidement quand la crise financière s’installe. Il n’y a pas que la femme qui s’énerve. L’homme, très inquiet de la situation, n’arrive plus à prononcer les mots doux à sa compagne. »

Beaucoup disent que ce qui se passe dans le pays ne devrait pas atteindre la vie à la maison. Mais c’est tout le contraire qui se produit. Le problème s’y incruste lentement, comme une humidité persistante. La cherté de la vie, l’augmentation du prix du carburant, tout cela finit par avoir un impact direct sur la marmite. Oui, la difficulté ronge, de manière inaperçue, les murs des demeures, fissure après fissure.

Cependant, l’anthropologue spécialiste du développement social, Sianary Andrew, nuance : « La Saint-Valentin, en dehors des adolescents, concerne surtout une couche sociale au niveau de vie relativement élevé, notamment la classe moyenne. Le 14 février, bien que connu de tous les Malgaches, n’est pas un jour férié. Cela n’empêche pas la masse populaire de poursuivre son train de vie. »

Concernant la crise, les Malgaches vivent avec — cela ne signifie pas qu’ils ne la ressentent pas. Bien au contraire. Les querelles familiales trouvent souvent leur racine dans cette conjoncture sévère. L’instabilité financière a toujours été une source de disputes, et pas uniquement durant la fête des amoureux.

En somme, Saint-Valentin ou pas, l’état des choses se dégrade. Que l’argent vienne à manquer, et l’amour devient comptable, méfiant, parfois muet. Que les finances respirent un peu, et les couples malgaches retrouveront sans doute une ambiance plus conviviale, plus harmonieuse… et peut-être même quelques mots doux oubliés au fond des poches.

Car l’amour ne disparaît pas toujours : il attend juste que la crise lui laisse un peu de place.

Iss Heridiny

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