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jeudi, janvier 8, 2026
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Histoire : Albius : le nom d’une fleur, le destin d’un paria

Le visage de la découverte de la pollinisation manuelle de la vanille : Edmond Albius

Edmond Albius, l’enfant esclave originaire du Mozambique bantou, dont le génie botanique a révolutionné l’industrie mondiale de la vanille. Entre spoliation coloniale et misère absolue.

L’histoire d’Edmond Albius rappelle à la fois le génie, le colonialisme, le paternalisme, le racisme hypocrite de la pire espèce et Madagascar. En 1829, ce fils d’une esclave nommée Mélise voit le jour à Sainte-Suzanne, dans l’est de l’île de La Réunion. Dès ses premières secondes, le bébé vit des heures sombres. Mélise, sa mère, meurt en lui donnant la vie. Il devient aussitôt la propriété de Ferréol Bellier-Beaumont (1791-1862), héritier d’une famille de propriétaires fonciers, pacha de la canne à sucre. L’esclavagiste a une passion qu’il ne partage pas avec les autres esclavagistes de l’île : la botanique. Et il cale depuis des années sur une plante originaire du Mexique, que les abeilles de l’espèce Mélipone pollinisaient. À La Réunion, aucune fleur ne réussit à pousser malgré les tentatives plus ou moins infructueuses de spécialistes comme le Belge Charles Morren. Jamais de gousses. Puis, à 12 ans, Edmond Albius, travaillant dans les champs, réalise une pollinisation qui laisse abasourdi Ferréol Bellier-Beaumont. Ce dernier, en bon « grand blanc » – c’est ainsi que l’élite des élites de l’île Bourbon était classifiée –, s’est adjugé la découverte de la méthode, tandis qu’Edmond Albius s’échinait à faire apparaître des gousses sur les vanilliers. La technique se propage, La Réunion commence à exporter la vanille. Le botaniste admet avec réserve la paternité de la découverte à son jeune esclave. Libéré par l’abolition de l’esclavage en 1848, il est confronté à la précarité extrême. Il se fait arrêter, et est accusé et humilié. Dans l’objectif d’augmenter  la production, sa découverte arrive à Madagascar. Facile entre esclavagistes, d’île en île. La Grande Île gagne, depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, le titre de plus grand exportateur de vanille. Humiliation de plus, son nom, « Albius », fait référence à la couleur blanche des fleurs de vanille. L’administration coloniale lui a attribué ce nom pour se moquer de lui lors de l’abolition. En 1950, il meurt, pauvre, seul, et est enterré dans une tombe anonyme.

Recueillis par Maminirina Rado 

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