jeudi, avril 3, 2025
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Identifier les priorités de l’éducation: Un déchirement qui se fait au détriment de l’Enseignement Supérieur

Par contraste par rapport à l’Éducation Primaire en charge d’augmenter les capacités de chacun, en vue de réduire les privations et la pauvreté, les Universités améliorent la compétitivité du secteur productif d’un pays en le pourvoyant de ressources humaines capables d’affronter la concurrence mondiale : elles constituent l’essence même de la compétitivité d’une Nation, selon le Pr Mamy Ravelomanana.

Pr Mamy Raoul Ravelomanana, agrégé des Universités en Sciences Economiques.
Pr Mamy Raoul Ravelomanana, agrégé des Universités en Sciences Economiques.

L’évolution de l’enseignement supérieur est tributaire de types de décisions critiques à prendre face à des dilemmes, d’après l’optique du Pr Mamy Ravelomanana, de l’Université d’Antananarivo :
Le premier dilemme porte sur le niveau d’éducation: primaire secondaire ou supérieur.
« …L’éducation pour tous considéré comme un droit fondamental… »
Lors de la Conférence de Jomtien en Thaïlande en mars 1990, la communauté internationale s’était engagée de donner une éducation de Base pour tous.
Selon l’UNESCO, en 2003 Madagascar est un modèle pour tous les pays africains en matière d’Education pour Tous. Le directeur général adjoint pour l’Education de l’UNESCO déclare: « Madagascar conduit actuellement une expérience concluante en matière d’Education pour Tous (EPT) qui peut inspirer d’autres États africains ».
Les tendances à la hausse du taux net de scolarisation variant de 70,1 % en 2001/ 02 à 98,2 % en 2005 (Chiffres du Ministère) et du taux brut 101,16 en 2001 138,32 en 2005, 145,24 en 2013 (Chiffres du WDI-Banque Mondiale) justifie cette déclaration. L’objectif fixé pour 2015 était de « Scolariser tous les enfants dans le primaire ».
Cependant, Madagascar ne verra les fruits des efforts de développement humain que dans des décennies et à condition qu’ils soient soutenus. Et la preuve est faite en 2009, dès le retrait des bailleurs de fonds dû à la crise, quelque 500 000 enfants sont déscolarisés.
…mais un rendement dérisoire par rapport à l’enseignement supérieur…
Le taux de rentabilité économique est le critère le plus utilisé pour juger de l’efficacité économique d’un système. Pour l’enseignement Primaire, le taux de rentabilité interne est évalué à 4,4% en 2005 à Madagascar par l’ODRES (le Centre de Recherche de l’Université spécialisé en Ressources Humaines) sur la base de chiffres de les EPM200-2005 de l’INSTAT
P. Schultz a publié en 2004 les taux de rendement (Private rate of return) de l’Enseignement Supérieur pour le Ghana (1998, 25% pour les hommes), la Côte d’Ivoire (1987 : 16% pour les hommes de 25 à 34 ans et 28% pour les femmes de 35 à 54 ans), le Kenya (1994 : 21% pour les hommes et 26% pour les femmes) et pour l’Afrique du Sud (1993 : Pour les Hommes Noirs 32% et les Femmes 46%, pour les Hommes Blancs 20% et les Femmes 12% âgés de 25 à 34 ans).
Pour tous ces pays, le taux de rentabilité de l’Enseignement Supérieur dépasse ceux de l’Enseignement de Base et de l’Enseignement Secondaire.
En comparaison, le Centre de Recherche en Economie (ODRES) de l’Université d’Antananarivo a calculé cet indicateur pour les Provinces d’Antananarivo et de Toamasina.
UnivPour les institutions de Sciences Sociales, les taux de rentabilité économique des institutions sociales privées et publiques ne diffèrent que très peu : pour l’Enseignement Supérieur Public jusqu’en Master (ancien DEA) 23%, et pour l’Enseignement Supérieur Privé 24% (Public : jusqu’en Licence 17%, Privé 16%)
Pour les institutions technologiques, les rendements sont les suivants :
Etablissements Publics : jusqu’en Licence 19%, au niveau ingénieur 29%
Etablissements Privés : jusqu’en Licence 19%, jusqu’à l’Ingéniorat 33%.
Le rendement des sortants de la Faculté des Sciences (établissement Public) est comparable à celui des Sciences Sociales, alors que le rendement économique des étudiants de la Faculté des Lettres est le plus faible du lot 9%.
On note un taux de rendement plus élevé pour les études longues qui vont inciter les étudiants à poursuivre leurs études jusqu’en Master (DEA ou DESS).
Le deuxième dilemme concerne le choix entre la qualité et la quantité.
Le dilemme entre la qualité et la quantité a été tranché dans le sens d’un enseignement supérieur de masse pendant la période socialiste. La comparaison avec le Sénégal montre un contraste saisissant : le taux d’accès est quasiment réduit de moitié entre 1993 et 1997 à Madagascar, ce qui témoigne d’un réajustement « raisonnable » en faveur de plus de qualité.
Car l’idéal de l’enseignement universitaire, qui vise à l’excellence requiert des professeurs et des étudiants à plein temps, des laboratoires bien équipés et des bibliothèques bien fournies.

Sénégal Madagascar
1972 1,54% 1,21%
1993 3,25%(1992) 3,57%
1997 3,25% 1,93%
2013 7,63%(2010) 4,25%

Sources (WDI-Banque Mondiale)

Univ-1Le troisième dilemme : Études scientifiques et techniques ou études littéraires? Formation académique ou Formation Professionnelle ?
Le troisième choix concerne l’équilibre à établir entre les sciences et les techniques d’une part, les sciences sociales et humaines de l’autre. Les pays asiatiques, par exemple ont favorisé entre les années 1960 et 90 les formations techniques.
Les dernières enquêtes effectuées par l’ODRES en 2005 indiquent que les formations en gestion (incluant la comptabilité, le management et l’organisation) s’avèrent les plus recherchées, totalisant 26% des postes offerts par les différentes branches d’activité. Les autres formations en BTP, Economie, Commerce, Agronomie et Informatique représentent chacune respectivement environ 4%, 8%, 9%, 5,5% et 5%.
La majorité (pour ne pas dire la quasi-totalité) des branches d’activité recrute du personnel de gestion, des informaticiens et des commerciaux.

Les réponses apportées par les pays émergents ou industrialisés
Les réformes imposées au niveau mondial sont regroupées autour de quatre axes stratégiques :
La première stratégie s’articule autour de développement de formation de qualité en permettant l’apprentissage tout au long de la vie – essence même du système LMD.
Elle consiste à diversifier les offres de formation de façon à les rendre accessibles et répondre aux besoins de toutes les catégories socio- professionnelles. Pour cela, il est prévu de rendre les informations sur les emplois disponibles et potentiellement accessibles à toute la population cible par la création d’un Observatoire des Métiers ou d’un Pôle Emploi. Cette diversification de l’offre impose de :
– développer des formations professionnelles conformes au profil et aux compétences exigées par les métiers et les pré-requis des apprenants ;
– développer des formations courtes sanctionnées par des attestations ou des certificats valorisant les acquis professionnels par l’adjonction de remises à niveau des connaissances académiques ;
– décentraliser ou développer des unités de formation mobiles ou virtuelles pour satisfaire les besoins en formation du monde rural et artisanal ;
– développer les formations techniques et managériales de base. Elles permettent aux filières porteuses de se répandre par l’intermédiaire de Centres d’incubation et de Centres Techniques.
La seconde stratégie consiste à favoriser le partenariat public privé (il s’agit du concept de Triple Helix) en confiant à l’Etat le rôle de régulateur et de gardien des normes ainsi que de la qualité des formations pour que les Universités soient comparables et leurs services demandés par le secteur privé.
La troisième stratégie visera à moderniser le système de financement de façon à assurer le partage du coût de formation. La plupart des Universités dans le monde se financent désormais auprès de Fondations. Les apprenants sont également mis à contribution par des frais. Les revenus propres des établissements publics sont, par ailleurs augmentés par le développement des prestations de services techniques, de formation et d’expertise au près du secteur productif. La Formation Technique et Professionnelle bénéficie de taxes spécifiques ou d’exonération d’impôts. Le budget idéal pour la recherche s’élèverait à 3% du PIB tous financements confondus.
Concrétiser ces stratégies représente le défi auquel est confronté l’Enseignement Supérieur à Madagascar

Recueilli par Antsa R.

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