
La Commission épiscopale Justice et Paix hausse le ton face à la situation politique nationale. Dans une déclaration officielle signée par Monseigneur Benjamin Ramaroson, elle interpelle directement les dirigeants sur leurs choix stratégiques, la conduite de la concertation nationale et les exigences de bonne gouvernance, dans un contexte marqué par de fortes attentes populaires et une transition politique sensible. Dès l’entame, Justice et Paix exprime une préoccupation majeure concernant l’orientation actuelle de l’action publique. « Il apparaît que les dirigeants s’efforcent de s’ouvrir à de nombreux accords multilatéraux », constate la Commission, avant d’appeler à une vigilance accrue. Car, prévient-elle, ces engagements internationaux ne sont pas neutres : « Il convient toutefois de rester vigilants afin de ne pas conclure à la hâte des accords qui pourraient asservir et détruire le pays plutôt que de le servir. » Une alerte claire, adressée à un Exécutif engagé dans plusieurs négociations stratégiques. Parmi les exemples cités, les accords relatifs à la fabrication d’armes cristallisent les inquiétudes.
Exemplarité
Justice et Paix pose la question du sens et des priorités nationales, en s’appuyant sur l’enseignement du Saint-Père : « Selon l’enseignement du Pape Léon XIV, qui a rappelé l’importance primordiale de la paix, ne vaudrait-il pas mieux produire des équipements destinés à améliorer l’agriculture et à lutter contre l’insécurité alimentaire ? » Une interrogation lourde de portée, dans un pays confronté à une pauvreté persistante et à des crises alimentaires récurrentes. Au-delà des orientations économiques et sécuritaires, la Commission épiscopale place la gouvernance au cœur de sa déclaration. Elle appelle les dirigeants et les hauts responsables actuels de l’État à créer les conditions d’un dialogue national crédible. « Garantir la facilitation de cette concertation afin qu’elle soit transparente et ouverte à la participation de tous », exige Justice et Paix, qui voit dans la concertation un passage obligé pour restaurer la confiance entre gouvernants et gouvernés. Le message se fait plus incisif lorsqu’il aborde la corruption et l’État de droit. La Commission exhorte les autorités à l’exemplarité. « Soyez des modèles dans la lutte contre la corruption qui ronge actuellement le pays et dans l’application de la loi à l’encontre de ceux qui se croient au-dessus de la loi », appelle Justice et Paix.
Concernant le cadre et les garants du dialogue, Justice et Paix insiste sur le rôle attendu du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes. À propos de la concertation nationale, elle rappelle que « le FFKM devrait être un exemple de respect de la justice et de l’équité, de transparence et de crainte de Dieu ». Une manière de rappeler que la médiation ecclésiale doit rester au-dessus des intérêts partisans et des calculs politiques. Sur le fond comme sur la forme, la Commission épiscopale défend une vision précise du processus de refondation. Celui-ci ne saurait être confiné aux cercles dirigeants ou aux élites politiques. Il devrait, selon Justice et Paix, reposer sur « une concertation inclusive, faisant appel aux citoyens depuis les fokontany, les communes, les districts, les régions jusqu’au niveau national ». Une démarche ascendante, qui redonne la parole aux citoyens à la base et reconnaît leur rôle dans la reconstruction institutionnelle. Justice et Paix insiste pour rompre avec les concertations de façade et les décisions prises en cercle fermé. Par cette prise de position, la Commission épiscopale Justice et Paix s’inscrit dans sa tradition d’interpellation morale et civique. Elle rappelle que la refondation politique ne se mesure pas seulement à la signature d’accords ou à l’annonce de réformes, mais à la capacité des dirigeants à écouter, à partager le pouvoir de décision et à placer l’intérêt général au-dessus de toute autre considération.
Rija R.


