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lundi, janvier 26, 2026
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Histoire inachevée des transitions politiques : La marche vers une 5e République en 65 ans d’indépendance

Andry Rajoelina a quitté le pouvoir en octobre 2025 à cause de la pression de la rue.

Depuis 1960, Madagascar n’a jamais réellement connu de continuité politique longue, stable et consensuelle. L’histoire contemporaine de l’île est une succession de ruptures, de basculements de régime, de transitions souvent improvisées, parfois violentes, rarement pleinement institutionnalisées. À chaque étape, l’État malgache s’est reconstruit sans jamais se consolider totalement. À chaque changement de pouvoir, une promesse de refondation a émergé, suivie d’une désillusion collective, puis d’une nouvelle rupture. 65 ans après l’indépendance, la trajectoire politique du pays apparaît comme une longue transition permanente. Une instabilité structurelle devenue système. Une culture de la rupture devenue mode de régulation du pouvoir. Une démocratie toujours en construction, jamais stabilisée. La chute du régime d’Andry Rajoelina en octobre 2025, après le mouvement populaire du 25 septembre 2025, et l’installation d’un régime transitoire dirigé par cinq colonels, avec le colonel Michaël Randrianirina à la tête de l’État, s’inscrivent dans cette longue histoire cyclique. Ce n’est pas une anomalie. C’est une continuité historique.

1960. L’indépendance et l’illusion fondatrice

Le 26 juin 1960, Madagascar accède à l’indépendance. Philibert Tsiranana devient président de la Première République. Le moment est historique, fondateur, porteur d’espoir. L’État malgache naît officiellement dans le concert des nations, avec une architecture institutionnelle calquée sur le modèle français, une administration héritée de la colonisation et une élite politique formée dans les structures du pouvoir colonial.

Mais cette indépendance est marquée dès l’origine par une ambiguïté profonde. Elle est juridique et politique, mais incomplète dans ses fondements économiques et sociaux. La dépendance structurelle vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale demeure. L’économie reste extravertie. L’administration reste centralisée. L’État reste éloigné des réalités rurales.

Le régime de Tsiranana repose sur la stabilité, la modération, la continuité institutionnelle. Il privilégie l’ordre, la coopération internationale, la consolidation de l’appareil d’État. Mais cette stabilité est construite sur une fracture sociale profonde. Une élite urbaine gouverne un pays rural marginalisé. Le pouvoir est perçu comme distant, vertical, déconnecté.

Au fil des années, le fossé se creuse entre l’État et la population. Les frustrations sociales s’accumulent. Le sentiment d’injustice grandit. L’indépendance politique ne produit pas l’émancipation sociale espérée. Le système devient rigide, fermé, incapable d’absorber les revendications populaires.

1972. Mai 72, la rue comme acteur politique

Les mouvements de révolte de mai 1972 marquent la première rupture majeure de l’histoire politique postcoloniale. La rue entre dans l’histoire comme force politique structurante. Étudiants, syndicats, fonctionnaires, population urbaine convergent dans une contestation massive du régime Tsiranana. Ce n’est pas seulement une crise politique. C’est une crise de modèle. Une crise de légitimité. Une crise de représentation.

Philibert Tsiranana chute. Le général Gabriel Ramanantsoa prend le pouvoir. L’armée devient également un acteur central de la transition. L’État bascule dans une logique de pouvoir militaire temporaire, présenté comme une solution d’ordre et de stabilisation.

Mais cette transition ne produit pas de refondation réelle. Elle suspend le système plus qu’elle ne le transforme. Le pouvoir change de mains, mais les structures demeurent fragiles. L’État reste centralisé, l’économie reste dépendante, la société reste fragmentée.

1975. La violence politique et la naissance de la Deuxième République

L’année 1975 marque une rupture traumatique. Richard Ratsimandrava, arrivé au pouvoir après Ramanantsoa, est assassiné après seulement quelques jours. Cet événement installe durablement la violence politique dans l’imaginaire national comme mode de régulation du pouvoir.

Didier Ratsiraka est investi président. La Deuxième République, appelée République démocratique malgache, voit le jour. Le régime se veut révolutionnaire, socialiste, souverainiste, idéologiquement structuré. Il promet une rupture avec le néocolonialisme, une économie nationalisée, une société égalitaire, une refondation nationale.

Mais la réalité est plus complexe. Le pouvoir se centralise. Le parti unique s’impose. L’État devient omniprésent. La liberté politique se rétracte. L’économie s’effondre progressivement sous le poids de la mauvaise gestion, de l’isolement international et de l’inefficacité structurelle.

La Deuxième République produit une stabilité autoritaire, mais pas un développement durable. Elle crée un État fort, mais une société affaiblie. Elle consolide le pouvoir, mais fragilise la légitimité.

Photo : F-J/26-01/MIDI/ Ratsiraka

Légende photo : Le régime de Didier Ratsiraka s’effondre après la pression de la rue.

1991 à 1993. Les Forces vives et la rupture démocratique

Les grèves, les manifestations, le mouvement des Forces vives marquent un tournant historique en 1991. La rue reprend le pouvoir symbolique. La société civile s’organise. Les Églises, les syndicats, les organisations citoyennes structurent la contestation.

Didier Ratsiraka est contraint de quitter le pouvoir. La transition s’opère sous pression populaire. Albert Zafy est élu président en 1993. La Troisième République naît sous le signe de la démocratie pluraliste, de la liberté politique, de l’espoir institutionnel.

Mais cette transition démocratique reste fragile. Les institutions sont faibles. Les partis sont fragmentés. L’État est instable. Le pouvoir est dispersé. Le conflit entre l’exécutif et le législatif bloque l’action publique. La gouvernance devient chaotique.

1996 à 1997. La crise institutionnelle et le retour de Ratsiraka

Albert Zafy est destitué par la Haute Cour constitutionnelle. Norbert Lala Ratsirahonana, alors Premier ministre, assure l’intérim. Le pays replonge dans l’instabilité. La transition démocratique échoue à produire un État fonctionnel. Didier Ratsiraka revient au pouvoir par les urnes en 1997. Le cycle se referme. Le passé revient comme solution au présent. La rupture devient réversibilité. La transition devient illusion.

2009 à 2014. La crise Ravalomanana-Rajoelina et la normalisation de la transition

Le renversement de Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina en 2009 marque une nouvelle rupture majeure. La Haute autorité de la transition s’installe. Le pays entre dans une transition longue qui dure cinq ans, soit l’équivalent d’un mandat constitutionnel. Mais elle est instable, internationalement contestée. Une fois encore, la transition devient un mode de gouvernance. L’exception devient la norme. L’État fonctionne hors cadre constitutionnel. La légitimité est remplacée par le contrôle. La légalité, par la force politique.

2014. La Quatrième République et l’espoir de stabilisation

L’élection de Hery Rajaonarimampianina marque la fin officielle de la transition. La Quatrième République est instaurée. Le retour à l’ordre constitutionnel est présenté comme une normalisation. Mais la stabilité reste fragile. Les institutions sont faibles. Les coalitions sont instables. Le système politique reste personnalisé. L’État reste vulnérable.

Depuis octobre 2025. La transition militaire comme symptôme historique

La chute d’Andry Rajoelina après le mouvement populaire du 25 septembre 2025 et l’installation d’un régime transitoire dirigé par cinq colonels, avec le colonel Michaël Randrianirina comme chef de l’État, s’inscrivent dans la continuité historique des ruptures malgaches. Ce n’est pas une anomalie. C’est un schéma récurrent : crise de légitimité, mobilisation populaire, effondrement du pouvoir, intervention militaire. Encore une transition politique, et revient une promesse de refondation. Madagascar reproduit son propre cycle. Et en 2025, on est déjà en marche vers une Cinquième République.

Depuis 1960, Madagascar ne traverse pas des crises. Il traverse un modèle politique structurellement instable. L’État n’a jamais réellement consolidé ses institutions. La légitimité n’a jamais été durablement stabilisée. La démocratie n’a jamais été pleinement institutionnalisée. Chaque transition promet la refondation et chaque régime promet la stabilité. Chaque rupture promet le renouveau. Mais le système se recompose sans se transformer.

La transition de 2025 n’est pas un accident de l’histoire. Elle est l’expression d’une trajectoire politique inachevée. Une histoire faite de ruptures sans refondation, de changements sans consolidation et de transitions sans stabilisation.

Madagascar ne manque pas de révolutions. Il manque de fondations. Et tant que l’État restera plus fort que les institutions, tant que le pouvoir primera sur le droit, tant que la transition restera un mode de gouvernance, le pays continuera à changer de régime sans jamais changer de système. Ce n’est pas seulement une crise politique. C’est une crise historique de construction de l’État.

Par Rija R.

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