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jeudi, février 19, 2026
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Baie des Sakalava : Le sable résiste au béton

À la Baie des Sakalava, dans la commune rurale de Ramena, district de Diego II, le vent ne transporte plus seulement le parfum salin d’une mer turquoise. Il soulève aussi la dignité d’un peuple debout.

Le mardi 17 février, des villageois ont tenu un point de presse devant les décombres d’une demeure réduite au silence par une décision tombée d’en haut, brutale, implacable. Symbole éclatant d’un conflit foncier qui ne date pas d’hier. Au centre de la tempête, une parcelle stratégique qu’un particulier, selon les riverains, tenterait de clôturer sans jamais avoir partagé ni la poussière du village ni le sel de ses marées. Ici, il ne s’agit pas d’un simple litige administratif. Ce lopin de terre est une artère vitale. Il ouvre l’accès à la plage. Il nourrit des familles. C’est sur ce sable que les pêcheurs halent leurs pirogues à l’aube, que les artisans charpentent leurs créations, que les masseuses traditionnelles perpétuent un savoir ancestral au contact des visiteurs. « C’est ici que tout a commencé », murmure un habitant.

La Baie des Sakalava n’est pas un cliché figé pour brochures touristiques. C’est un territoire vivant, transmis, façonné génération après génération au rythme des marées et du varatraza. Fief historique des pêcheurs, ce site constitue l’épine dorsale de l’économie locale, aussi fragile qu’essentielle. Le condamner par une clôture, ce serait asphyxier les activités quotidiennes, restreindre l’accès direct à la mer, précipiter une communauté entière vers une chute économique brutale, alors même qu’elle accueille, avec hospitalité, touristes nationaux et voyageurs venus d’ailleurs. Depuis 2015, assurent les protestataires, des opérateurs aux appétits démesurés convoitent cette bande de terre devenue rare sur un littoral déjà grignoté par les infrastructures touristiques. À l’époque, les responsables de l’aménagement du territoire ainsi que des acteurs du secteur avaient reconnu la vocation communautaire du site. Pourtant, les décisions récentes semblent balayer ces engagements, alimentant incompréhension et amertume.

Aujourd’hui, il ne subsiste que ce fragment de rivage où le « petit peuple » exerce un métier hérité des aïeux. L’en priver, c’est briser la transmission d’un savoir-faire. C’est rompre la chaîne invisible qui relie les anciens aux générations futures. C’est effacer une mémoire collective vivante au profit d’intérêts spéculatifs.

Au-delà de son aura internationale dans l’univers du kitesurf, la baie demeure un carrefour d’âmes, héritière des anciennes royautés et des vents de l’histoire. Mais surtout, elle reste le bastion d’une communauté qui réclame simplement le droit de vivre et de travailler sur sa terre.

Dans ce bras de fer inégal entre villageois et investisseurs voraces, la question claque comme une voile tendue par le vent : à qui appartient le rivage ? À ceux qui le font battre chaque jour de leurs mains calleuses ou à ceux qui le dessinent sur des plans lointains ? Pendant que les débats s’enlisent, la mer, elle, continue de battre la mesure. Et avec elle, la détermination des habitants, résolus à ne pas voir leur horizon cadenassé.

Iss Heridiny

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