
Du 22 janvier au 15 février, le centre culturel Liber’art Antsiranana accueille une exposition de tableaux réalisés par les membres de l’Association des artistes peintres de Diego. Le vernissage, organisé jeudi dernier, a marqué le coup d’envoi de cette rencontre artistique qui ambitionne de donner une nouvelle impulsion à l’art visuel sur la pointe nord de la Grande Île.
Portée par une jeunesse talentueuse et déterminée, cette initiative s’inscrit dans une volonté de développer, de valoriser et de faire circuler la création artistique locale. À travers cette exposition, les artistes affirment leur présence et leur engagement dans un espace qui se veut à la fois lieu de partage, de dialogue et de visibilité. Les quatre murs de Liber’art se parent ainsi de styles variés, témoignant de la richesse et de la diversité du troisième art de la région septentrionale. Car la peinture ne se laisse jamais enfermer dans une forme unique. Elle naît là où vit l’artiste, respire l’air de son époque, absorbe les tensions sociales, les héritages culturels et les silences de l’Histoire. Chaque toile devient une trace, une mémoire vivante, un fragment de territoire offert au regard du public. Et c’est précisément dans cette rencontre avec l’autre que l’œuvre trouve sa pleine résonance.
Défi
L’art visuel malgache, en particulier celui de Diego, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Loin d’être marginal, il affirme une identité forte, nourrie par une créativité indocile et une sensibilité profondément ancrée dans le vécu. Les peintures contemporaines dessinent un imaginaire singulier, où les traditions ancestrales, même s’ils ne l’avouent pas ouvertement, dialoguent avec les réalités d’aujourd’hui, entre enracinement et modernité. Pourtant, malgré cette effervescence, ou plutôt ce bouillonnement, la reconnaissance au-delà des frontières reste un défi. Seule une minorité d’artistes parvient à se faire une place sur la scène internationale. L’insularité s’avère à la fois comme une richesse et une contrainte. L’éloignement géographique, le manque d’espaces de diffusion, l’accès limité aux réseaux artistiques mondiaux sont également des goulots d’étranglement. Autant d’obstacles qui maintiennent encore trop souvent les créateurs dans l’ombre. Et pourtant, ceux qui parviennent à franchir ces barrières démontrent que l’art malgache n’est ni périphérique ni secondaire. Leur parcours révèle un potentiel immense, encore largement sous-exploité. Dès lors, des initiatives comme celle de Liber’art apparaissent essentielles. Ouvrir les espaces, multiplier les passerelles, faire circuler les œuvres et les idées : autant de leviers pour permettre à l’art visuel diegolais d’être vu, entendu et reconnu, bien au-delà des rivages de la Grande Île.
Iss Heridiny


