Dans un contexte politique électrique, marqué par des poursuites judiciaires visant plusieurs figures politiques et par une judiciarisation accrue du débat public, l’Ordre des avocats sort de sa réserve. Dans un communiqué publié le lundi 12 janvier dernier, le bâtonnier Ferdinand Ranary Rakotoarisoa rappelle « avec fermeté » un principe cardinal de l’État de droit, selon lequel l’avocat n’est ni le juge ni la décision rendue par la juridiction. Il est un acteur essentiel de la justice et doit être protégé comme tel.
Le message est clair, direct, sans détour. Alors que les réseaux sociaux s’embrasent et que certaines affaires sensibles exposent les conseils des parties à des attaques personnelles, l’Ordre des avocats désapprouve « toute prise de parole ou initiative visant à exposer un avocat à l’opprobre public, à porter atteinte à son honneur ou à l’assimiler à l’issue d’un procès ». Une ligne rouge est tracée. Un rappel de principes dans une séquence politique tendue. Depuis plusieurs semaines, la scène politique traverse une zone de fortes turbulences. Des responsables politiques, anciens ministres et hauts fonctionnaires, sont poursuivis par la justice.
Les dossiers sont scrutés, commentés, parfois instrumentalisés
Dans cette atmosphère de tension, l’avocat devient une cible facile, confondu avec son client, assimilé à la cause qu’il défend, jugé non son comportement professionnel, mais sur l’identité de la personne qu’il représente. C’est précisément cette dérive que dénonce l’Ordre. « Attaquer un avocat pour l’exercice loyal de son mandat constitue une atteinte grave aux droits de la défense et aux fondements de l’État de droit », souligne le communiqué. Le ton est solennel.
Le rappel n’est pas anodin. Il intervient à un moment où la pression populaire, amplifiée par les réseaux sociaux, tend à brouiller les frontières entre justice, opinion et règlement de comptes. En rappelant que l’avocat est « un partenaire essentiel de la justice », l’Ordre réaffirme le rôle central de la défense dans toute procédure équitable. L’avocat exerce « en toute indépendance, dans le respect de la loi et de la déontologie ». Il ne choisit pas les faits. Il ne rend pas la décision. Il garantit que les droits de la défense sont respectés, y compris – et surtout – dans les affaires les plus sensibles. L’Ordre « appelle les citoyens, les acteurs publics et les utilisateurs des réseaux sociaux à faire preuve de retenue et de responsabilité ».
Rija R.


