
Madagascar dispose désormais d’un nouvel outil de référence pour orienter ses politiques publiques. Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Dr Herinjatovo Ramiarison, ces données aideront à mieux guider l’action publique.
Les résultats de la septième série de l’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS 2025) ont été lancés officiellement hier, au Novotel Ivandry, par le ministère de l’Économie et des Finances. Réalisée par l’INSTAT (Institut national de la statistique) avec l’appui technique et financier de l’UNICEF, de la Banque mondiale, de l’Union européenne et du gouvernement américain, cette enquête d’envergure dresse un état des lieux précis de la situation des enfants, des adolescents, des femmes et des ménages à Madagascar. Avec 21 000 ménages enquêtés dans les 23 régions du pays, la MICS 2025 se distingue par l’ampleur de son dispositif. L’INSTAT a mobilisé 150 agents pendant plus de quatre mois pour mener les opérations de collecte, de traitement et de validation. Madagascar devient ainsi le premier pays d’Afrique de l’Est et australe à avoir achevé l’ensemble du processus de cette septième série, depuis la conception jusqu’à la diffusion officielle des résultats. Un signal fort qui traduit, selon les autorités, un engagement réel en faveur de la production et de l’utilisation de données de qualité.
Au service de la population
Au-delà de la performance statistique, l’enjeu est surtout politique et social. La MICS 2025 renseigne à elle seule environ 43 % des indicateurs de suivi des Objectifs de développement durable (ODD), ce qui en fait l’une des principales sources de données pour mesurer les avancées et identifier les retards. Dans son allocution, le ministre de l’Économie et des Finances, le Dr Herinjatovo Aimé Ramiarison, a insisté sur la nécessité de faire de ces résultats un outil d’aide à la décision au service de la population, en particulier des plus vulnérables. Il a appelé l’ensemble des parties prenantes à un usage stratégique de ces données, afin qu’elles contribuent directement à l’amélioration des conditions de vie. Les chiffres publiés révèlent en effet une réalité contrastée, faite de progrès notables mais aussi de défis majeurs. Sur le plan nutritionnel, 37 % des enfants de moins de cinq ans présentent encore un retard de croissance. Ce niveau reste préoccupant et met en évidence l’urgence d’investissements accrus en faveur de la nutrition maternelle et infantile. En matière de santé, la couverture vaccinale de base chez les enfants de 12 à 23 mois atteint 49 %, tandis que la couverture complète chez les 24 à 35 mois plafonne à 27 %. Ces données traduisent une vulnérabilité persistante face aux maladies évitables et appellent un renforcement des campagnes de vaccination.
Des défis à relever
Le secteur de l’éducation présente lui aussi des avancées partielles. Le taux net ajusté de fréquentation scolaire au primaire s’élève à 75 %, signe qu’une majorité d’enfants accède à l’école. Mais les taux d’achèvement demeurent faibles, montrant que le défi ne se limite plus à l’accès, mais concerne aussi le maintien et la réussite des élèves tout au long du cycle. Cette réalité fait écho à l’alerte lancée par la représentante de l’UNICEF à Madagascar, Christine Jaulmes, qui a souligné que les inégalités continuent de se creuser et que les enfants issus des ménages défavorisés restent fortement pénalisés dans leurs chances d’étudier convenablement. D’autres indicateurs mettent en lumière des avancées importantes, notamment en matière d’état civil. Selon la MICS 2025, 80 % des enfants sont enregistrés, un progrès significatif pour l’accès aux droits et aux services essentiels. En revanche, les données sur les services de base rappellent l’ampleur des déficits structurels. Seuls 42 % de la population ont accès à une source d’eau améliorée. L’accès à des installations sanitaires améliorées reste encore plus faible, à 17 %, tandis que 40 % de la population pratique toujours la défécation à l’air libre. Quant à l’électricité, seulement 37 % des ménages disposent d’un accès régulier, ce qui souligne les enjeux persistants d’équité territoriale et de développement.
Efficience
Les partenaires techniques et financiers ont unanimement insisté sur la portée stratégique de ces résultats. La chargée d’affaires de l’ambassade des États-Unis, Stéphane Arnold, a rappelé que chaque dollar dépensé doit être justifié par une utilisation efficace, capable d’améliorer concrètement la qualité de vie de tous les Malgaches. De son côté, le représentant résident de la Banque mondiale à Madagascar, Atou Seck, a mis l’accent sur la nécessité d’une croissance inclusive, estimant que seules des données fiables permettent de mieux cibler l’action publique et de progresser vers cet objectif. Le chargé d’affaires de l’Union européenne, Laurant d’Ersu, a quant à lui décrit la MICS 7 comme un levier solide de résilience et d’anticipation, justifiant pleinement l’appui de l’Union européenne à cette opération. Dans un contexte où les besoins sociaux restent considérables, la MICS 2025 apparaît comme un instrument central pour prioriser les investissements, renforcer l’efficacité des politiques publiques et améliorer le ciblage des programmes. Derrière chaque indicateur, ont rappelé plusieurs intervenants, il y a des réalités humaines, des enfants, des familles et des communautés. L’enjeu, désormais, ne réside plus seulement dans la production des données, mais dans leur transformation en actions concrètes. L’INSTAT a d’ailleurs annoncé qu’il poursuivra, avec ses partenaires, la diffusion et la promotion de ces résultats afin de consolider une culture de décision fondée sur des preuves et d’accélérer les progrès du développement humain à Madagascar.
Antsa R.



