
Une centaine d’Antandroy ont franchi le Menarandra et transité hier à Tana avant de rallier la région Boeny où leur communauté est implantée depuis des générations.
Bekily. C’est le nom d’un des quatre districts de la région Androy qui signifie littéralement « Beaucoup de tamariniers ». Quoi qu’il en reste peu, en raison de la déforestation qui est l’une des causes du changement climatique, lui-même à l’origine de la famine. Autant de facteurs qui entraînent des migrations internes, à l’instar d’une colonie d’Antandroy qui a transité hier à Tana avant de rallier Ambatoboeny.
Mesures sanitaires. Une centaine de déplacés climatiques et/ou de la faim ont payé 70 000 ariary par adulte pour un trajet de 884,4 km via la RN13 et la RN7 qui les a menés dans la capitale. Plus précisément à la station-service Jovena à Androndrakely où ils ont refait un tant soit peu le plein d’énergie avant d’entamer la seconde et dernière étape de leur voyage sur la RN4, jusqu’au PK 472.9, à bord d’une demi-douzaine de véhicules. Ce, sans respecter les mesures sanitaires comme la distanciation physique, le port du masque et l’utilisation de gel désinfectant.
Nomadisme. « Une fois arrivés à Ambatoboeny qui est la destination finale convenue avec ces passagers, ils vont se disperser à travers la région Boeny et la région Sofia », précise un des conducteurs des Mercedes Sprinter affrétés à ce « Spécial » pas comme les autres. Un aller simple qui pourrait être un voyage sans retour pour ces Antandroy réputés pour être une population en continuel déplacement voire en perpétuel mouvement, quand bien même le changement climatique et le « kere » auraient cette fois-ci, réveillé leur nomadisme.
Vary Tsinjo. Pour l’ultime étape de leur périple, chaque passager a déboursé 40 000 ariary. En somme, c’est le cas de le dire, le trajet Bekily – Ambatoboeny leur aura coûté en tout et pour tout 110 000 ariary. Sans compter les collations en cours de route qui sont moins des repas qu’un trompe-faim. Finalement, l’addition est assez salée pour ces déplacés visiblement en mal de « Vatsy Tsinjo » et de « Tosika Fameno ». Des sacs floqués du sigle « Vary Tsinjo » font d’ailleurs office de valises à ces nomades qui ont emporté tous leurs biens. De la natte en raphia jusqu’à la petite plaque solaire, en passant par quelques ustensiles de cuisine même s’il y a souvent plus de cuillères que d’assiettes de maïs dans l’Androy.
Fortune. Les bovidés qui font partie du patrimoine … matériel des Antandroy ont sans doute été confiés à des membres de la famille restés à Bekily ou vendus sur place au marché aux zébus, faute de pouvoir être embarqués à bord des Sprinters dont les porte-bagages étaient loin d’être surchargés. C’est à la mesure du poids de la fortune ou plutôt de l’infortune (c’est selon) de ces migrants qui ont, en revanche, emmené avec eux, les membres de leurs familles âgés. À l’instar de ce vieil homme qui peine à se lever. Reste à savoir si l’ensemble de la colonie venue du fin fond de l’Androy pourra se relever des effets conjugués du changement climatique et du « kere » dans le Boeny et la Sofia. Loin de Bekily où ils aimaient se mettre à l’ombre des rares tamariniers épargnés par la déforestation.
R.O



