« Je savais parfaitement que l’oppresseur devait être libéré, tout comme l’opprimé. Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de sa haine, il est enfermé derrière les préjugés et l’étroitesse d’esprit. Telle était ma mission : libérer à la fois l’oppresseur et l’opprimé ». Nelson Mandela, l’icône planétaire de la lutte anti-apartheid qui a dit ses propos, n’est plus. Il s’est éteint à son domicile de Johannesburg, a annoncé jeudi soir le président sud-africain, Jacob Zuma, en direct à la télévision publique. Nelson Mandela, qui a fêté ses 95 ans le 18 juillet, avait été plusieurs fois hospitalisé pour des récidives d’infections pulmonaires, contractées pendant son séjour sur l’île-prison de Robben Island, au large du Cap, où il a passé dix-huit de ses vingt-sept années de détention dans les geôles du régime raciste de l’apartheid.
Nelson Mandela n’est plus !
Pourquoi cet homme est-il si célèbre ? Qu’est ce que l’apartheid qu’il a fait tomber ? Beaucoup d’enfants et de jeunes se posent cette question, sans imaginer un instant que c’est grâce au combat et à la volonté de fer de cet homme, exemple d’humilité et d’intégrité, que la couleur de la peau ne soit plus un critère de ségrégation. L’apartheid, ce système de développement séparé entre races réduisait les Noirs d’Afrique du Sud au statut de sous-hommes. Le régime d’apartheid qui y existait à une époque consistait à imposer la ségrégation raciale et la distribution inégale des ressources entre les groupes raciaux, africain, blanc, de couleur et indien. Dans la vie de tous les jours, l’apartheid se traduisait, entre autres, par l’interdiction des mariages « mixtes » ; par des laissez-passer pour vivre dans les villes ; par des lois sur le territoire qui définissent les zones résidentielles et d’affaires des groupes raciaux spécifiques ; par des plages, des parcs de loisirs, des bus, des écoles, des cinémas, des piscines, des bancs dans les jardins réservés aux seuls blancs. Mandela s’est révélé intraitable face à cette situation jusqu’à sa libération de prison. Son discours d’investiture en 1994 a été un appel à la réconciliation nationale, à la création d’une «nation arc-en-ciel ». A la tête de son pays, Mandela a inspiré le modèle de société qui a banni la confrontation violente entre les deux parties irréconciliables de la société sud-africaine. « Madiba » a réinventé la justice qui substitua la notion de réconciliation, fondée sur la réparation, à celle de la vengeance. C’est ce qui le distingue aux yeux de l’histoire. Au lieu de se déchirer comme tant d’autres populations en Afrique où il n’y a pas de Mandela, la société sud-africaine, pourtant structurellement violente, a échappé aux démons de la déchirure irrémédiable entre Noirs et Blancs. Madagascar a beaucoup apprendre de lui. Car comme le dit François Hollande : « Le message de Nelson Mandela ne disparaîtra pas, il continuera d’inspirer les combattants de la liberté et de donner confiance aux peuples dans la défense des causes justes et des droits universels ».
Zo Rakotoseheno