Décédé le 8 janvier 2026, Edouard Rajaona a illuminé la vie de ses contemporains par son sourire affable, puis « finissait le boulot » à travers la sérénité lumineuse de ses œuvres. L’immensité d’un immortel, notamment de la peinture malgache, à travers son art spirituel et iconoclaste.
C’est à travers ses tableaux pleins d’atmosphère que pourrait s’expliquer ce sourire facile, exquis et rassurant d’Edouard Rajaona (1950–2026). Puisque, de tous ceux et celles qui ont côtoyé le grand maître, personne ne démentira son visage souvent rayonnant de son sourire. Nécessaire de se retrouver face à un roc affable quand la société et le monde changent si vite. Car le rencontrer peut sauver toute une journée. Humble, extrêmement intelligent, attentionné, « homme–monde », … le genre de personnage qui laisse des traces en une seule rencontre. Edouard Rajaona est l’archétype même de l’artiste qui incarne son œuvre et/ou vice–versa, l’œuvre qui incarne le peintre. Entre les deux, aucun voile séparateur. Chacun de ses tableaux partage ses rêves, sa spiritualité, ses nostalgies, voire ses réflexions… Dans ses œuvres, souvent le ciel semble « vibrer » imprégné d’une énergie spirituelle, quasi vitale. Dans ses œuvres, le soleil et la lune sont souvent des points centraux, centre de gravité avant d’être des sources de lumière. Selon la symbolique malgache des « quatre vents », l’astre du jour et celui de la nuit réfèrent au « ray aman-dreny », « masoandro amam-bolana », traduira qui pourra. Des valeurs communes vécues par le Malgache du quotidien, sans prise de tête culturelle. Tout comme ce ciel, « son ciel ». Toujours « traité avec de larges balayages fluides », Edouard Rajaona en saisit les mouvements et les lumières. Sorte de puissance brute, éthérée mais ordonnée, tel le « Aina ». Toujours dans la culture malgache, le ciel est la demeure du « souffle » aux côtés de l’hyper divinité : Zanahary, Dieu, Christ, Allah, etc., à chacun et chacune ses goûts. Chez le grand maître, le firmament est donc propice à la vadrouille, à s’y laisser perdre pour mieux se retrouver. En toute sérénité aux côtés de ces astres et enveloppé par cette « puissance ordonnée ». Tandis que la terre, ses hommes, ses habitats, sont traités en impasto : relief et touche nerveuse, entre autres. Parce que, chez lui, la technique est synonyme de rythme. Le natif de Betroka l’a compris : la maison traditionnelle « au toit en pointe » incarne plus l’ancrage familial que le coin de la cheminée. Le village, agglutinement orienté de ces maisons aux toits en pointe, totalise cette luminosité identitaire. Dès lors, dans la plupart de ses œuvres, il incite le regard à rester ce spectateur, témoin silencieux, appelé à se reconnaître dans cette poésie onirique, cette structure des lumières, cette vision universelle… d’Edouard Rajaona. Difficile de ne pas en sourire.
Maminirina Rado


