
Ancien ceci et ex-cela, « Tonton Sola » n’est pas pour autant un « has been » par rapport à son analyse du contexte national et international. Interview.
Midi : Comment voyez-vous la situation actuelle dans le monde ?
Pierrot Rajaonarivelo : « Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus incertain. La situation aussi bien au niveau mondial que national est préoccupante. À l’échelle continentale, alors que l’on pensait que l’Afrique avait tourné le dos au passé et embrassé une ère nouvelle grâce à des années de croissance successives et d’alternance démocratique, voilà que l’on assiste à une vague de coups d’Etats qui fragilise les acquis. À cela s’ajoutent les conséquences de la crise sanitaire et aujourd’hui, les effets déjà palpables du conflit russo-ukrainien ».
Midi : Que pense l’ancien ministre des Affaires étrangères de la position malgache sur la guerre en Ukraine ?
P. R. : « Dans ce conflit qui a éclaté depuis un mois, village planétaire oblige, chaque État a été interpellé par les « puissants » à prendre position. À deux reprises, le gouvernement malagasy s’est exprimé par l’abstention lors des votes à l’Assemblée Générale des Nations unies. Position qui a été critiquée ou saluée à tort ou à raison par différentes parties. Quand bien même ce conflit semblerait géographiquement éloigné pour le citoyen malgache lambda qui, à bien des égards n’a pas vraiment tort dans le sens où il est sage de ne pas se mêler des affaires d’autrui et il serait inconscient de mettre son doigt entre l’arbre et l’écorce. Toutefois, qu’on le veuille ou pas, malgré notre insularité et dans un monde globalisé, les effets se font déjà ressentir et sont accentués par une fragilité économique interne palpable ».
Midi : Quels sont entre autres ces effets ?
P. R. : « L’inflation est galopante et n’épargne aucune couche de la société. L’appareil étatique, quoique fournissant des efforts considérables, semble difficilement maîtriser les conséquences cumulées des aléas climatiques, de la conjoncture internationale et des défaillances structurelles profondes de notre mode de gouvernance. En dépit de la capacité incroyable de résilience de la population, à ce rythme, la situation est difficilement soutenable, et cela est visible dans les frustrations populaires, dans la dangereuse instrumentalisation régionaliste des inégalités économiques, et dans les agissements maladroits de certains de nos dirigeants ».
Midi : Que préconisez-vous en votre qualité de chef de parti et de “Raiamandreny” ?
P. R. : « Qu’il s’agisse de notre situation interne que de ce conflit qui trouvera tôt ou tard une issue entre les principales parties concernées, pour Madagascar qui favorise une coopération plurielle, il ne s’agit donc nullement de céder à une quelconque pression dans un sens ou un autre, d’être pour tel ou tel pays et ainsi retomber dans des divisions qui relèvent d’une époque révolue, mais plutôt de dépasser cette vision manichéenne simpliste et en revenir à l’expression et l’application pragmatique de principes directeurs de base valables aussi bien dans nos affaires intérieures que dans nos relations extérieures : respecter le choix et les aspirations souveraines des peuples concernés, respecter l’intégrité des territoires, respecter l’unité nationale ».
Midi : N’est-ce pas là du déjà entendu ?
P. R. : « L’Histoire semble être un éternel recommencement tant que nous n’en aurons pas tiré les leçons, ainsi, en cette commémoration de la lutte de nos pères pour l’Indépendance et en mémoire de la mort, il y a un an de cela, du président Didier Ratsiraka, rendons sa dignité au “peuple malagasy” qui mérite un mieux-être chez lui et dans le concert des Nations ».
Propos recueillis par R.O



