La crise de 2009 à Madagascar a fait couler beaucoup d’encre, que ce soit celle des spécialistes en économie, en sociologie, en histoire contemporaine ou en science politique, sans oublier les confrères journalistes. En revanche, les citoyens malgaches ont tendance à oublier son origine. Ce qu’on retient surtout, c’est un jeune homme ambitieux de 35 ans, maire de la commune urbaine d’Antananarivo, décidant de s’approprier le pouvoir des mains… d’un laitier devenu président.
Les sept années de règne de ce dernier commençaient à agacer certains hauts dignitaires, gênés par sa « confusion entre la caisse de l’État et sa grande firme agroalimentaire ». En sus, une vidéo de l’ex-président Ratsiraka a été diffusée sur la chaîne télévisée appartenant au magistrat de la ville des Mille. Dès lors, le 13 décembre, le gouvernement ferme Viva TV et le reste est devenu, comme on dit, de l’histoire en ébullition. La manifestation, dirigée par le leader de l’association Tanora MalaGasy Vonona, réclamait à tout prix le départ de Marc Ravalomanana. Le lundi 26 janvier 2009 marque un tournant : boutiques et entreprises, en particulier celles du président, sont sauvagement saccagées, la Télévision nationale malgache pillée et incendiée par « des inconnus ». Des archives sont réduites en cendres, et la capitale semble avoir mis le feu à ses propres rues.
Le jeudi 29 janvier 2009, Andry Nirina Rajoelina appelle à une « journée ville morte ». Écoles, bureaux et commerces cessent leurs activités. Apparemment, le leader de la soi-disant Révolution orange a conquis le cœur de ses compatriotes. Bien sûr, cette dite révolution était calquée sur les mouvements colorés d’Europe de l’Est : Géorgie en 2003, Ukraine en 2005. Il a fallu quatre ans pour que le phénomène atteigne la Grande-Île puisque, entre 2003 et 2007, l’administration Ravalomanana semblait inébranlable. Bien avant cela, il y a eu une protestation menée par le professeur Zafy, qui a été écrasée par les bottes de l’ordre. Mais le charme, la « gueule d’ange » et le charisme du natif d’Antsirabe faisaient office d’atouts indéniables. En sus, l’écho de l’espoir suscité par l’élection de Barack Hussein Obama aux États-Unis résonnait d’une manière… particulière dans la Grande-Île. Le maire d’Iarivo, avec un flair certain, s’est approprié cette aura pour séduire ses « vahoaka ».
La jeunesse disparaît si vite qu’elle passe inaperçue. Le zandry kely d’autrefois est devenu zoky raiamandreny. L’histoire raconte, mais engendre aussi le karma de ceux qui l’ont vécue. Qui aurait cru que l’homme fort de 35 ans en 2009 se ferait renverser par des adolescents de 19 ans en seulement 16 jours ? Bref, le jeudi 29 janvier 2009 prouve qu’à l’époque, le peuple avait prêté attention à ce qu’il disait. 16 ans plus tard, son discours laisse ses compatriotes indifférents. Si Rajoelina s’est nourri de l’exemple des révolutions d’Europe de l’Est, la Gen Z, elle, a suivi les traces… du Népal.
Iss Heridiny


