La société civile est montée au créneau concernant les arrestations de lanceurs d’alerte. Elle estime ainsi qu’au cours de ces dernières années, la mémoire collective a été marquée par les arrestations de plusieurs défenseurs des droits humains et lanceurs d’alerte, accusés de diffamation, de cybercriminalité, de provocation à la haine envers le gouvernement ou encore d’atteinte à la sécurité publique et d’incitation à enfreindre les lois du pays. On se souvient notamment du procès intenté en novembre 2021 à l’encontre de Ravo Ramasomanana qui avait lancé l’alerte au sujet des détournements de fonds destinés à la lutte contre la Covid-19 et des faits de corruption au sein du ministère de la Santé publique. Plus récemment, dans sa déclaration du mardi 15 mars 2022 concernant la découverte de poissons morts, échoués sur les rives du lac Emanakana à Taolagnaro, l’ancienne ministre de l’Environnement et du Développement durable avait expressément menacé d’arrêter les organisations de la société civile qui avaient appelé à une meilleure prise de responsabilité des autorités face aux conséquences des opérations de QMM. Cette menace serait justifiée par le fait que certaines d’entre elles ne connaîtraient pas les réalités de la région car elles sont basées à Antananarivo, et que leurs propos porteraient atteinte à l’ordre public.
Il convient de noter que dans les deux cas, la suite des évènements a donné raison aux lanceurs d’alerte et aux organisations de la société civile susmentionnés, et qu’il ne s’agissait en aucune façon de diffamation ou d’atteinte à l’ordre public. En outre, il importe de souligner que ces évènements sont des indicateurs d’une tendance alarmante vers un rétrécissement de l’espace civique et démocratique à Madagascar, avec l’utilisation abusive des dispositions légales relatives à la sécurité nationale et à la cybercriminalité.
Rôle important. Dans un tel contexte, les organisations signataires de ce communiqué tiennent à rappeler que l’État malgache se doit de reconnaître que les défenseurs des droits humains jouent un rôle important et légitime dans la promotion des droits de l’Homme, de la Démocratie et de l’État de droit, à l’instar de tous les autres États qui ont ratifié les différentes conventions internationales relatives aux droits de l’Homme ainsi que d’autres instruments applicables tels que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique.
Recueillis par Dominique R.



