
À Antsiranana, un homme a montré aux collégiens et aux lycéens des photos des hommes qui ont marqué l’histoire de Madagascar. Sur 6 clichés exposés aux 20 adolescents, 3 grandes figures nationalistes, à savoir Jean Ralaimongo, Jacques Rabemananjara et Jaona Monja, sont reconnues par deux étudiants âgés de 14 et 17 ans.
Joseph Razafindrainibe, professeur d’histoire du lycée catholique Saint Jean Antsiranana, explique la cause de cette méconnaissance : « Les photos des personnages historiques de Madagascar se trouvent dans les livres. Pourtant, peu de jeunes, de nos jours, se rendent encore dans les bibliothèques, si ce n’est que pour un rendez-vous. »
Paradoxalement, l’accès à la technologie, la démocratisation du smartphone et la création de pages et de comptes dédiés aux récits historiques pourraient être des opportunités. Cependant, les stars internationales suscitent bien plus de réactions que l’histoire du pays. La réponse d’un garçon de 13 ans est d’ailleurs frappante lorsqu’un enseignant lui demande pourquoi il ignore ces grandes figures malgaches : « On ne nous les a pas montrées à l’école. » Un constat qui pousse à réfléchir : les enseignants devraient-ils projeter ou faire circuler des portraits en classe pour permettre aux élèves de visualiser les époques passées à travers les coiffures et les vêtements des anciens ?
Toutefois, sans vouloir blâmer les professeurs, il faut aussi être réaliste : combien d’établissements scolaires à Madagascar possèdent un projecteur ou même une simple photocopieuse ? Mal payés et épuisés par les kilomètres parcourus à pied chaque jour, les instituteurs non fonctionnaires doivent souvent payer eux-mêmes les polycopiés de cartes géographiques, par exemple. Un véritable sacrifice !
Dans ce contexte, les historiens de formation redoublent d’efforts pour revitaliser leur discipline. Ces cinq dernières années, de nombreuses conférences gratuites ont été organisées et plusieurs livres publiés. Malheureusement, le public reste toujours le même. Pour remédier à cela, certains chercheurs essaient d’autres moyens pour captiver l’intérêt des jeunes. Le Professeur Raymond Ranjeva, convaincu que le septième art est un excellent outil de transmission, a ainsi réalisé un film sur le roi Andrianampoinimerina. Intitulé Nampoina, ce long-métrage de 1 heure 47 minutes retrace les deux dernières années du règne de ce grand monarque de l’Imerina. De même, le biopic de la bienheureuse Victoire Rasoamanarivo, bien que d’orientation religieuse, offre une plongée historique dans le Madagascar du XIXᵉ siècle.
Concernant l’histoire régionale, celle-ci reste encore largement méconnue. Mis à part les chants louant les rois et les ampanjaka, ainsi que quelques événements ponctuels, elle repose encore sur la tradition orale. Pourtant, il serait intéressant de produire, ne serait-ce qu’un documentaire, sur les souverains Sakalava ou Tsimihety. Dans ce domaine, Geoffrey Gaspard fait figure d’exception : militant culturel, il promeut l’histoire de sa région à travers deux œuvres cinématographiques. Bien entendu, un tel projet demande des ressources financières. Mais l’investissement serait comparable à celui engagé chaque année pour les festivités kawitry. Chacun choisit où investir, et l’industrie culturelle malgache semble privilégier ce qui rapporte vite. « Vendre rapidement, vendre plus », telle est la mentalité dominante. Ainsi, au lieu de viser la compétition internationale, de nombreux réalisateurs et vidéastes se contentent de clips musicaux, plus lucratifs.
En somme, l’histoire doit être connue de tous. Les historiens font leur travail : ils recherchent, écrivent, publient. Mais ces récits restent confinés dans les rayons des bibliothèques. Pendant ce temps, les Malgaches regardent avec fascination Napoléon ou Gladiator de Ridley Scott, alors qu’eux aussi pourraient créer des films sur Andriamisara, Toera, Ratsimilaho ou Tsimiaro II. Il est grand temps de les porter au cinéma !
Iss Heridiny