
Après le passage du cyclone tropical Gezani, Toamasina, capitale économique de Madagascar, s’est retrouvée durement éprouvée. Sans figurer parmi les cinq cyclones les plus puissants ayant touché la Grande Île, ce phénomène a causé des dégâts humains et matériels considérables, en particulier dans la région Atsinanana. Des pertes en vies humaines ont été enregistrées, des milliers de personnes se sont retrouvées sinistrées et de nombreuses infrastructures ont été endommagées. Dans ce contexte dramatique, un fait marquant s’est toutefois imposé : la montée rapide d’un vaste élan de solidarité, aussi bien à l’intérieur du pays qu’au sein de la diaspora malgache.

Une nuit d’angoisse pour la ville portuaire
Au matin du 11 février 2026, Toamasina présentait le visage d’une ville meurtrie et silencieuse. La nuit avait été particulièrement éprouvante, marquée par des vents extrêmement violents dépassant les 195 km/h, accompagnés de pluies torrentielles. Dès la veille, en fin d’après-midi, l’arrivée du cyclone Gezani avait plongé la ville dans une situation critique. Quartiers résidentiels, zones commerciales et bâtiments publics ont subi de plein fouet la violence des rafales et des précipitations. La population, confinée et impuissante, a vécu de longues heures d’angoisse, redoutant à chaque instant une aggravation de la situation.

Des dégâts lourds et un désarroi généralisé
Tout au long de la nuit, des cris de peur ont retenti dans plusieurs quartiers. Même les infrastructures habituellement destinées à servir de refuges, telles que les écoles, les églises ou certains hôtels, n’ont pas été épargnées. Rapidement, les réseaux sociaux ont été envahis par des appels à l’aide, des témoignages et des images de désolation. Au lendemain du cyclone, le constat était alarmant : arbres et palmiers arrachés jonchaient les routes, des tôles de maisons étaient dispersées, des poteaux de la Jirama gisaient au sol et des véhicules avaient été renversés. De nombreuses familles se sont retrouvées sans abri, parfois sans autre bien que les vêtements qu’elles portaient, sans compter les nombreuses vies perdues. Le désarroi était total.

Le fihavanana au cœur de la mobilisation
Face à l’ampleur de la catastrophe, les valeurs de solidarité et de fihavanana ont rapidement refait surface. Le concept de « Voin-kava mahatratra » s’est imposé comme le symbole de cette mobilisation nationale. Artistes, influenceurs, sportifs, associations et simples citoyens ont multiplié les initiatives pour venir en aide aux sinistrés de Toamasina. Des cagnottes en ligne ont vu le jour, notamment celle lancée par Vanessa Manonga sur la plateforme Leetchi, largement relayée sur les réseaux sociaux. D’autres actions solidaires ont suivi, à l’image de l’opération « Un maillot, un geste », initiée par Faneva Ima, consistant à mettre aux enchères des maillots signés au profit des victimes du cyclone. À l’étranger, la diaspora malgache n’est pas restée en marge de cet élan. À Maurice, l’association Malagasy Miray Hina, dirigée par James Andriamalala, a réuni les ressortissants malgaches afin de réfléchir aux actions à mener en faveur des sinistrés. Des démarches similaires ont été entreprises dans d’autres pays, témoignant de la forte mobilisation des Malgaches vivant hors du territoire national.

Une solidarité active sur le terrain
Au-delà des collectes financières, la solidarité s’est exprimée de manière concrète sur le terrain. Dès le lendemain du passage de Gezani, de nombreux habitants de Toamasina se sont mobilisés pour nettoyer les rues, dégager les débris et prêter main-forte aux familles les plus touchées.
Par ailleurs, dix jeunes du YMCA Moramanga, formés en gestion des risques et des catastrophes par le partenaire ADAPT 40, ont effectué une descente sur le terrain en collaboration avec les fokontany locaux. Leur mission a consisté à sensibiliser et à informer les ménages vivant dans les zones à risque. Environ 250 personnes ont ainsi bénéficié de ces actions de prévention. Les volontaires de la Croix-Rouge malagasy se sont mobilisés dans les zones touchées par le cyclone. À Fénérive-Est, des actions de sensibilisation avaient été menées avant l’arrivée de Gezani, notamment pour renforcer les habitations. Après le passage du cyclone, les équipes ont assuré l’orientation des sinistrés vers les centres d’hébergement, la distribution de kits de dignité et l’appui aux autorités locales. D’autres initiatives ont été observées, notamment l’engagement des jeunes de GEN Z Ankatso, la mise à disposition de véhicules pour les secours, ainsi que l’ouverture de plusieurs établissements à Toamasina pour accueillir des sinistrés et permettre la recharge des téléphones.

Collectes et soutien institutionnel
Plusieurs associations ont lancé des collectes de dons en nature. L’association MIFOHA a ouvert un point de collecte à MCF Itaosy pour recevoir des vêtements, des couvertures, des produits d’hygiène et des biens de première nécessité. De son côté, la Commune urbaine d’Antananarivo a installé un chapiteau devant le parvis, à Analakely, afin de faciliter la réception des dons. Parmi les secteurs durement touchés par le passage du cyclone figure celui de la santé. Le service de neuropsychiatrie à Analankininina n’a pas été épargné par les dégâts. Le Dr Kiady, médecin engagé auprès des patients les plus vulnérables, a lancé un appel à la solidarité après avoir vu ce service sévèrement endommagé. Le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC) a également lancé une opération « Voin-kava mahatratra » via les services de mobile money, permettant à un large public de contribuer à l’effort de solidarité.
Sur le plan international, l’Organisation mondiale de la santé a débloqué une enveloppe de 250 000 dollars pour soutenir la réponse humanitaire et renforcer les structures de santé affectées. Malgré l’ampleur des dégâts, la mobilisation collective reste un signal fort d’espoir pour la population de Toamasina. Dans cette épreuve, la solidarité apparaît comme le premier pilier de la reconstruction. Plus que jamais, le fihavanana démontre sa capacité à rassembler et à soutenir les populations face à l’adversité.
Dossier réalisé par Manjato Razafy




