
Alors que le cadre politique national se montre extrêmement incertain, une équipe internationale demeure à Madagascar pour quantifier les attentes opérationnelles dans un environnement social de grande instabilité.
L’effervescence diplomatique a repris ses quartiers à Anosy. Mardi dernier, la ministre des Affaires étrangères, Christine Razanamahasoa, a accueilli une délégation onusienne de haut vol conduite par Simon-Pierre Nanitelamio, directeur adjoint de la Division de l’assistance électorale de l’ONU. L’enjeu de ce séjour, qui s’étalera du 28 janvier au 14 février, est de taille : lancer la Mission d’évaluation des besoins électoraux (NAM).
Aide. Loin d’être une simple visite de courtoisie, cette mission constitue, dans le jargon onusien, l’étape cruciale qui conditionne tout déploiement futur d’aide technique ou financière. Pendant deux semaines, les experts vont passer au scanner l’environnement politique, juridique et sécuritaire de la Grande Île. Fichier électoral, logistique, cadre légal : rien ne sera laissé au hasard pour définir avec précision les besoins réels de Madagascar. Lors de cette audience, la cheffe de la diplomatie malgache a réitéré la détermination du gouvernement à conduire un processus « crédible, inclusif et transparent ». Un discours qui se veut rassurant pour la communauté internationale, alors que la société civile et les partenaires au développement scrutent chaque étape du processus.
Méfiance
Pourtant, sur le terrain politique, le consensus est loin d’être acquis. Le microcosme malgache se fracture actuellement en deux courants : ceux qui pressent pour la tenue des scrutins dans les plus brefs délais et ceux qui prônent une pause nécessaire pour une « véritable refondation » de l’État. Cette mission de l’ONU arrive donc dans un climat de méfiance où chaque camp tente de faire valoir sa lecture de la crise. Le camp de Marc Ravalomanana ne cache pas son impatience. Après avoir reçu la SADC à Faravohitra, l’ancien président s’est rendu mercredi dernier à Ankorondrano pour échanger avec les représentants de l’Union africaine. Sa position est sans équivoque : « Nous ne pouvons pas en rester là face à la situation actuelle, cela doit impérativement aboutir à des élections ». D’autre part, les manœuvres électorales commencent à poindre, même chez ceux qui semblent privilégier le temps long. La récente déclaration de Siteny Randrianasoloniaiko, affirmant qu’il ne se présenterait pas si le colonel Michaël franchissait le pas, témoigne d’une ébullition pré-électorale déjà bien réelle.
Légitimité. L’arbitrage de la mission NAM s’annonce crucial. Bien plus que des chiffres et des questions logistiques, les experts onusiens auront pour tâche de saisir l’essence d’une nation en pleine quête de consolidation démocratique. L’analyse qui découlera de ce diagnostic servira de référence aux bailleurs de fonds. Si l’ONU valide le cadre actuel, la machine électorale pourrait alors prendre son envol. Dans le cas contraire, les appels à une refondation pourraient gagner en légitimité sur la scène internationale. La balle est désormais dans le camp des experts. Jusqu’au 14 février, ces derniers auront la lourde responsabilité de dessiner les contours d’une sortie de crise qui, pour être véritablement durable, devra impérativement allier les exigences techniques de l’ONU et les aspirations parfois divergentes des acteurs malgaches. En attendant, dans la poursuite de cet objectif, la mission onusienne a rencontré hier, à Alarobia, les responsables de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Tandis que l’évaluation de la situation se poursuit, l’organisation de la « concertation nationale », censée trancher sur le calendrier électoral de sortie de crise, avance à pas lents, mais demeure néanmoins mal comprise par l’opinion publique.
Julien R.


