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AccueilChronique de Mickey6 Août 1896 : Un oubli révélateur

6 Août 1896 : Un oubli révélateur

Le 06 août, il y a 130 ans, officiellement, avec l’adoption de la loi d’annexion, Madagascar est devenu une colonie française. Si les officiels malgaches l’oublient, c’est leur affaire. Les parents, les enseignants ou les intellectuels (s’il en reste encore ?) ont ce devoir de mémoire : le rappeler aux générations présentes et futures. Autrement, les discours mobilisateurs pour le développement restent vains. Quand des jeunes, parce que désespérés devant leur absence de perspectives d’avenir, disent tout haut qu’il vaut mieux revenir à la colonisation, pourquoi s’en étonner ? Pourquoi les blâmer ?

Non, ce pays n’est pas voué à la fatalité d’une soumission quelconque, et encore moins à être abandonné par les siens, partis chercher d’autres cieux plus cléments. À ceux-là, il faut marteler sans cesse que la situation coloniale ne s’est pas faite sans résistance et qu’elle n’entre pas nécessairement dans la logique de l’histoire. Il est vrai que la situation précoloniale n’était pas des plus idylliques, mais, en comparant aux autres nations qui ont connu leur propre évolution (avec des failles et des faiblesses, il faut le dire) et qui ont pu trouver une harmonie sociale, politique et économique, parce qu’elles ont pu surmonter par elles-mêmes leurs propres contradictions internes, il est permis de penser qu’on aurait pu suivre leur chemin. Si on ne peut pas revenir en arrière et qu’on ne refait pas l’histoire, qu’elle nous serve de leçon au moins. Pour rappel, relisons quelques bribes de notes de Gallieni*, dont le contenu en dit long et ne relève pas de la légende.

– « Au mois de septembre 1900, deux vastes régions étaient encore insoumises. C’étaient, à l’Est, la zone forestière qui s’étend parallèlement à la côte sur les limites des provinces de Fianarantsoa… depuis Ikongo au nord jusqu’au cercle de Fort-Dauphin au sud ; au sud, le pays des Mahafaly et des Antandroy. Ce n’étaient pas les seules où la pacification restait à achever… »

– « Le meilleur moyen pour arriver à la pacification dans notre nouvelle et immense colonie de Madagascar, avec les ressources restreintes dont nous disposons, est d’employer l’action combinée de la force et de la politique. Les luttes coloniales nous imposent trop souvent, malheureusement, l’insoumission des populations ; nous ne devons détruire qu’à la dernière extrémité, et ne ruiner que pour mieux bâtir. Toujours, nous devons ménager le pays et ses habitants, puisque celui-là est destiné à recevoir nos entreprises de colonisation futures… »

– « L’action politique est de beaucoup la plus importante ; elle tire sa plus grande force de la connaissance du pays et de ses habitants… C’est l’étude des races qui occupent une région qui détermine l’organisation politique à lui donner, les moyens à employer pour sa pacification. Un officier qui a réussi à dresser une carte ethnographique… est bien près d’en avoir obtenu la pacification complète, suivie bientôt de l’organisation qui lui conviendra le mieux. »

– « Toute agglomération d’individus, race, peuple, tribu ou famille, représente une somme d’intérêts communs ou opposés… Il y a aussi des haines et des rivalités qu’il faut savoir démêler et utiliser à notre profit, en les opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les secondes. »

Aujourd’hui, nous sommes à la croisée de notre devenir : ne gagnerons-nous pas à revoir l’histoire ?

Si les pouvoirs successifs en place n’ont pas daigné effectuer leur devoir de mémoire, c’est leur affaire.

*André Lebon, La pacification de Madagascar, 1896-1899, Plon, 1928

M. Ranarivao

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