
L’actuel régime a nommé plus de dix ambassadeurs en moins d’un an. La ministre des Affaires étrangères, Alice N’Diaye, défend ce choix dans un contexte géopolitique mondial très animé. Interview exclusive.
Midi Madagasikara : Le gouvernement a décidé de nommer de nouveaux ambassadeurs ces derniers mois. Quel en est l’objectif ?
Alice N’Diaye : En dix mois, le gouvernement a nommé seize chefs de mission diplomatique. Cela traduit clairement la volonté de l’État de renforcer la présence de Madagascar sur la scène internationale et régionale, et d’accroître l’efficacité de la diplomatie malgache. L’objectif est, tout d’abord, de renforcer la présence de Madagascar dans les capitales et les instances internationales d’importance stratégique, afin de promouvoir et de protéger au mieux les intérêts politiques, économiques et diplomatiques du pays. Il s’agit, ensuite, de raviver et de renforcer la coopération avec les pays dans lesquels nos ambassades sont présentes, ainsi que dans les pays de juridiction de ces dernières. Vous aurez noté qu’un certain nombre de nos grandes ambassades n’avaient pas de chefs de mission accrédités depuis plus d’une décennie, pour ne citer que nos représentations permanentes multilatérales et certaines capitales stratégiques. À cet effet, le président de la Refondation a pleinement pris la mesure de la nécessité, pour Madagascar, d’être présent au sein des grands centres de décision mondiaux, dans un contexte géopolitique marqué par de profondes mutations et une forte concurrence sur la scène internationale. Nous devons avoir une présence forte et active afin, d’une part, de protéger nos intérêts et, d’autre part, de saisir les opportunités de coopération susceptibles de bénéficier au pays. Il convient de rappeler que de nombreuses décisions concernant directement Madagascar sont discutées au sein d’organisations internationales ou avec différents pays. Il est donc indispensable d’y être représenté afin que les positions et intérêts du pays ne soient pas relégués au second plan.
M-M : Avec la présence de quelques politiciens à la tête des ambassades, ne s’agit-il pas de nominations politiques auxquelles le gouvernement a procédé ?
A-N : La nomination d’un ambassadeur, quel que soit le pays d’accréditation, est un acte politique, que le profil soit technique, à l’instar de celui d’un diplomate de carrière, ou politique, pour des personnalités extérieures à la diplomatie. Leur point commun est qu’il est attendu de ces chefs de mission, sous les directives du ministre des Affaires étrangères, qu’ils mettent en œuvre la politique étrangère de Madagascar dans leur rôle de représentation, de promotion de la coopération politique, économique, commerciale, scientifique et culturelle avec les pays d’accréditation, de protection des intérêts et des ressortissants malagasy, et d’information.
M-M : Vous avez effectué plusieurs déplacements à l’extérieur ces derniers temps. Quel est l’objectif de ces visites ?
A-N : Il s’agit de visites diplomatiques qui s’inscrivent dans la mise en œuvre de la vision d’une diplomatie multivectorielle portée par le président de la Refondation, laquelle vise à maintenir la confiance de nos partenaires, à diversifier nos partenariats, à renforcer durablement la place et le rôle de Madagascar sur la scène régionale, continentale et internationale. Dans un contexte international en mutation continue et rapide, il est indispensable de continuer à faire entendre la voix de Madagascar dans les grands débats mondiaux, afin de préserver et de promouvoir les intérêts nationaux. Parmi les sujets fréquemment abordés figurent la paix et la sécurité, la coopération économique, la résilience face au changement climatique, ainsi que d’autres défis communs émergents, comme la cybercriminalité. Tous ces enjeux concernent pleinement Madagascar. C’est dans cette optique que Madagascar est présent dans les fora et cadres bilatéraux et multilatéraux. Cette dynamique a pour objectifs de renforcer la coopération, de susciter de nouveaux partenariats multiformes, d’attirer de nouveaux investissements et de donner à notre pays une plus grande visibilité sur la scène internationale.
M-M : Peut-on donc affirmer aujourd’hui que la diplomatie malgache s’est renforcée ?
A-N : Le dynamisme de la diplomatie d’un pays se mesure notamment à l’aune de l’impulsion et de l’orientation stratégique imprimées par le chef de l’État dans la définition et la mise en œuvre de la politique extérieure. Ce qui est le cas actuellement. Alors oui, on peut affirmer que la diplomatie malagasy se renforce, avec des directives claires et la confiance accordée aux diplomates dans la mise en œuvre de celles-ci. La poursuite des partenariats et la volonté clairement exprimée par nos partenaires d’accompagner le processus de Refondation, les échanges de visites, les invitations à être présents dans les fora montrent que la diplomatie malgache a pleinement trouvé la place qui lui est la sienne sur la scène internationale. Cela s’inscrit dans la volonté du président et du gouvernement de la Refondation de rendre le réseau diplomatique malgache plus performant, plus réactif et mieux adapté aux défis actuels.
M-M : Madagascar a dernièrement participé au 46e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la SADC. Quel bilan peut-on tirer de cette participation ?
A-N : Madagascar a activement pris part à ce 46e sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la SADC, et ce dans la continuité de notre engagement constant au sein de cette organisation régionale. Cette participation revêt une importance particulière dans le contexte actuel de refondation institutionnelle engagée par le pays. Elle a permis à Madagascar de réaffirmer sa place au sein de la communauté régionale, et au président de rencontrer et de dialoguer directement avec ses pairs, et de présenter l’évolution de la situation nationale devant les instances de la SADC. Ce sommet a également été l’occasion de renforcer les liens de solidarité et de coopération avec les États membres, dans un esprit de dialogue constructif et de respect mutuel, comme en témoignent les différentes rencontres effectuées par le président de la Refondation sur place, en marge de ce sommet.
M-M : La possibilité de sanctions à l’encontre de Madagascar après le changement de l’année dernière a été évoquée dans le débat public. Qu’en est-il réellement de ce sujet à l’issue de ce sommet ?
A-N : Il convient de rétablir clairement les faits : Madagascar n’a fait l’objet d’aucune sanction de la part de la SADC. En effet, la SADC a décidé d’adopter une approche plus pragmatique. Elle a déployé différentes missions pour s’enquérir des réalités et voir l’évolution de la situation sur place, en vue de pouvoir effectuer des analyses approfondies. C’est à la suite de ces missions que la SADC a décidé d’accompagner Madagascar dans le processus de Refondation, initié par les Malagasy. Ce dernier sommet a ainsi été une occasion, pour les chefs d’État et de gouvernement de la SADC, de réitérer leur soutien ferme au processus de Refondation engagé par le pays, reconnaissant ainsi la légitimité et la pertinence de la démarche entreprise par les autorités malgaches. J’aimerais souligner que la tenue du sommet des chefs d’État et de gouvernement, les consultations constructives conduites par le président de la Refondation, ainsi que le processus de dialogue engagé jusqu’ici, ont conforté la SADC dans le fait que Madagascar s’est engagé sur la bonne voie dans la mise en œuvre du Programme de la Refondation établi en février 2026. Madagascar n’est donc pas isolé. La SADC, l’Union africaine, les Nations Unies, ainsi que l’ensemble des partenaires traditionnels du pays, ont manifesté leur volonté de soutenir la Grande Île dans la dynamique engagée, considérant le processus en cours comme un processus légitime et ayant pour objectif la transformation politique, sociale et économique de la société malgache. L’engagement de Madagascar à respecter les valeurs et les principes portés par nos organisations d’appartenance, tant à l’échelle régionale que continentale, en matière de paix et de sécurité, de stabilité, de gouvernance et de développement inclusif, les incite à accompagner et soutenir la Refondation, dans le respect de notre souveraineté. Nous nous permettons ainsi de dire que cette avancée met en lumière l’efficacité de l’action diplomatique menée actuellement par Madagascar. Sensibiliser les partenaires extérieurs aux enjeux nationaux et maintenir leur confiance, en portant la vision portée par le gouvernement, demeure au cœur même du mandat confié à la diplomatie malgache.
Recueillis par Rija R.


