L’affaire qui a profondément choqué l’opinion connaît un dénouement tragique. Les quatre hommes soupçonnés d’être impliqués dans le viol collectif, le vol et le meurtre particulièrement violent de deux jeunes femmes, Haingotiana et Stéphanie, ont été mortellement blessés samedi matin à Ambohimanga Rova, lors d’une reconstitution des faits.
La reconstitution devait permettre de confronter les déclarations des quatre suspects aux éléments matériels déjà réunis par les enquêteurs. Mais la situation a brusquement dégénéré lorsque les quatre hommes, réunis sur les lieux où les corps avaient été abandonnés, auraient tenté de résister aux policiers et gendarmes qui les escortaient. Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, l’un des suspects aurait notamment essayé de saisir l’arme de poing d’un agent. Face à cette tentative, les forces de l’ordre ont fait usage de leurs armes dans le cadre de la légitime défense, conformément aux dispositions légales. Les quatre suspects ont été grièvement blessés. Malgré les premiers secours prodigués sur place et leur évacuation vers un établissement hospitalier, ils n’ont pas survécu à leurs blessures.
Enquête à tambour battant
Les derniers éléments concernant cette affaire ont été révélés ce samedi 29 août 2026, à l’occasion d’un point de presse tenu par les autorités en charge de l’enquête. Cette rencontre avec la presse a été conduite par la procureure du Tribunal de première instance d’Antananarivo, qui a apporté des précisions sur l’évolution du dossier et sur les opérations menées par les forces de l’ordre.
D’après les informations, l’affaire avait débuté le 21 août dernier, après la disparition de Haingotiana et de Stéphanie, âgées respectivement de 17 et 21 ans, qui résidaient à Manjakaray. Elles avaient quitté leur domicile dans l’après-midi, indiquant qu’elles allaient voir un film au Cinépax, à Tana Water Front Ambodivona. Le signalement de leur disparition avait immédiatement conduit les forces de l’ordre à mettre en place une cellule mixte d’enquête, associant notamment le Commissariat central de Tsaralalàna et différents services spécialisés. Deux jours plus tard, le 23 août, les corps des deux victimes ont été retrouvés à Ambohimanga Rova. Les premières constatations ont fait état de blessures extrêmement graves et de nombreuses traces de coups portés avec des objets tranchants. Les autopsies ont ensuite été réalisées afin de déterminer avec précision les circonstances de leur mort. La Brigade criminelle de la police nationale d’Anosy a alors intensifié ses investigations. L’exploitation des images de vidéosurveillance a notamment permis aux enquêteurs de retracer les déplacements des deux jeunes femmes. Celles-ci avaient été vues montant à bord d’une Chevrolet Cruze noire sur le parking de Tana Water Front. Le véhicule avait ensuite été repéré en direction de Sabotsy Namehana puis vers le secteur où les corps ont été découverts. Le 25 août, les enquêteurs ont retrouvé le véhicule et interpellé son conducteur. La fouille de la voiture aurait permis de découvrir des traces de sang ainsi que des vêtements et des chaussures présentant également des traces suspectes. Plus déterminant encore, les enquêteurs auraient retrouvé sur le téléphone du suspect des vidéos liées aux faits survenus le 21 août. Les données téléphoniques auraient également confirmé sa présence dans le secteur au moment des faits. Au cours de son audition, le premier suspect aurait reconnu sa participation au crime et mis en cause plusieurs de ses connaissances. Deux autres suspects ont été interpellés le 26 août par la Brigade criminelle de la police nationale. Tous auraient, à leur tour, reconnu leur implication dans les faits, selon les enquêteurs. Le quatrième suspect, interpellé avec le concours de la Gendarmerie nationale, aurait également reconnu sa participation. Les déclarations des quatre hommes présentaient toutefois certaines divergences sur plusieurs détails, ce qui a motivé l’organisation d’une nouvelle reconstitution.
Un crime préparé ? Les investigations laissent apparaître, selon les enquêteurs, un scénario particulièrement violent. Le mobile initial serait lié au vol d’argent et de téléphones, avant que les victimes ne soient soumises à des violences sexuelles puis tuées. Les enquêteurs auraient également découvert que plusieurs objets susceptibles d’avoir servi lors de l’agression avaient été préparés à l’avance, notamment des couteaux, un poing américain et un tournevis. Certains éléments recueillis au cours de l’enquête tendraient ainsi à accréditer l’hypothèse d’une agression préméditée. L’enquête avait par ailleurs permis de mettre au jour l’existence de vidéos des faits, conservées par les suspects. Ces éléments, ajoutés aux traces matérielles retrouvées dans le véhicule et aux données téléphoniques, constituent des pièces importantes du dossier. La reconstitution du 29 août devait justement permettre de lever les dernières zones d’ombre et de confronter les différentes versions recueillies au cours des auditions. Elle aura finalement tourné au drame.
T.M.




