
L’astrologie traditionnelle malgache à l’ère du smartphone. L’application « Oana », mise en ligne hier par « 3,14 », est un évènement entre révolution culturelle et risque de bousculer les « extrémistes ».
L’application « Oana », lancée hier au 3,14 Antaninarenina, pourrait être un grand bide, une controverse ou une révolution socio-culturelle. Pour faire simple, l’outil numérique permet d’avoir dans son smartphone un accessoire d’astrologie traditionnelle malgache, ou « fanandroana » pour faire court. À en comprendre les premières explications d’Eris Rabedaoro et de son équipe, elle réduit à environ 80 % l’utilité d’un guérisseur ou d’un astrologue-guérisseur. Tout ou presque peut se faire via quelques clics, à condition d’acheter l’application. « À prix très abordable », soutient Eris Rabedaoro, celui qui prône une tradition astrologique ouverte au monde et surtout qui se réconcilie avec les Malgaches. Effectivement, le coût de la version de base peut déjà s’acquérir si un lycéen ou une lycéenne économise son goûter pendant six mois.
C’est là ensuite que cela devient intéressant. D’abord, « Oana » est divisée en deux : celle qui est prévue pour le commun des mortels et celle pour les initiés. Après, l’utilisateur ou l’utilisatrice peut demander ce qu’il ou elle veut. « L’astrologie malgache ne se focalise que sur le temps, mais il y a aussi l’astrologie de l’espace », fait savoir le « chef de projet ». Untel souhaite connaître les meilleurs moments pour réaliser une tâche, il suffit de cliquer. Une autre veut savoir où se placer dans une pièce lors d’une réunion professionnelle : une « boussole » avec transposition réelle peut l’aider. Monsieur et Madame veulent circoncire le petit dernier, « Oana » les conseillera sur le choix du bon jour, des rituels traditionnels et des « ingrédients » à réaliser. Pour savoir si tel lieu est propice à la construction, dans tout Madagascar et hors de ses frontières, il suffit de demander. L’application va même jusqu’à donner le plan 3D d’une maison qui respecte les orientations favorables et les interdits à honorer. Rien n’y échappe, même dans les îles voisines : les lieux sacrés dans toute la Grande île et leur pourcentage de sacralité, d’« énergie vibratoire », etc. Ces exemples sont encore minimes par rapport aux capacités de « Oana ». Un informaticien malgache, qui a tenu à ne pas être cité, est l’un des artisans de cet outil. « Succès » ou controverse, c’est déjà une petite révolution en soi.
Maminirina Rado


