
La Banque mondiale confirme la pertinence de la stratégie engagée par Madagascar, fondée sur l’investissement, la production locale et la création d’emplois productifs. Dans son rapport sur l’économie africaine, elle replace la productivité au cœur de la relance.
La relance économique ne peut plus être pensée comme une simple reprise conjoncturelle. C’est l’un des principaux enseignements du rapport de la Banque mondiale (édition avril 2026), intitulé État des lieux de l’économie africaine : Faire aboutir les politiques industrielles en Afrique. L’institution y souligne que la reprise en Afrique subsaharienne se maintient, mais qu’elle s’essouffle sous l’effet de plusieurs contraintes : tensions géopolitiques, service de la dette, faible investissement, productivité limitée et création d’emplois insuffisante. Pour Madagascar, cette lecture résonne fortement avec les priorités actuelles du gouvernement, notamment la préparation du Plan de relance économique. Le pays ne fait pas seulement face à un besoin de croissance. Il doit surtout répondre à une question plus profonde : comment produire davantage, mieux transformer ses ressources et créer des emplois capables d’améliorer réellement les revenus des ménages ?
Crise mondiale
Selon la Banque mondiale, la croissance économique en Afrique subsaharienne devrait se maintenir à 4,1% en 2026, soit le même niveau qu’en 2025. Mais cette stabilité apparente cache des fragilités. Les prévisions ont été revues à la baisse par rapport à octobre 2025, tandis que les risques de ralentissement augmentent. Le rapport cite notamment les effets du conflit au Moyen-Orient, qui alimente la volatilité des prix de l’énergie, du gaz, des engrais et des denrées alimentaires. Ces chocs touchent particulièrement les pays importateurs de pétrole et les économies vulnérables aux tensions sur les intrants agricoles. Dans ce contexte, Madagascar est directement concerné. La hausse des coûts de l’énergie, des carburants et des intrants peut peser sur les prix, sur les entreprises, sur les producteurs agricoles et sur le pouvoir d’achat. Mais le rapport de la Banque mondiale invite à aller au-delà de la réaction immédiate. Il rappelle que le véritable défi de l’Afrique est structurel. La faiblesse de la productivité limite la capacité des économies à absorber les chocs, à créer des emplois et à réduire durablement la pauvreté.
Produire davantage
C’est précisément sur ce terrain que se joue la relance malgache. L’État entend miser sur la performance du secteur privé, appelé à produire plus, investir davantage et créer des emplois. Cette orientation rejoint l’analyse de la Banque mondiale, qui insiste sur la nécessité de mobiliser l’investissement privé, d’améliorer les infrastructures, de renforcer les compétences, de développer l’accès au financement et de réduire les coûts qui empêchent les entreprises de grandir. Pour Madagascar, les secteurs prioritaires identifiés dans la dynamique nationale de relance — agribusiness, textile, tourisme et TIC — s’inscrivent dans cette logique. Ils disposent d’un potentiel d’emplois, d’exportation, de valeur ajoutée et d’innovation. Mais leur développement dépendra aussi de secteurs transversaux essentiels : routes, énergie, foncier, formation, sécurité juridique, fiscalité, dématérialisation administrative et simplification des procédures. La Banque mondiale insiste justement sur cette approche par l’écosystème. Une politique industrielle ne produit des résultats que si les conditions autour de l’entreprise sont réunies. Le rapport met également en garde contre les politiques trop ambitieuses mais faiblement exécutées. En Afrique, les stratégies industrielles échouent souvent non pas parce que les secteurs choisis sont mauvais, mais parce que les instruments, les financements, les responsabilités et les indicateurs de performance ne sont pas suffisamment définis. Autrement dit, le choix des priorités ne suffit pas. Il faut une mise en œuvre rigoureuse, mesurable et fondée sur les résultats.
Besoin d’impacts
Cette exigence rejoint l’esprit des Assises pour la relance économique engagées à Madagascar. Le dialogue entre l’État et le secteur privé vise justement à construire un Pacte fondé sur des engagements réciproques. L’État doit faciliter, sécuriser et simplifier. Le secteur privé doit investir, produire, formaliser et créer de l’emploi. C’est dans ce contrat de performance que la relance peut passer d’une ambition politique à une dynamique économique réelle. La Banque mondiale rappelle enfin que les subventions ou protections mal ciblées peuvent produire des résultats limités si elles ne sont pas liées à des critères de performance. Pour Madagascar, cette observation est importante. Les ressources publiques sont limitées. Chaque mesure d’appui doit donc être orientée vers des impacts vérifiables : investissements réalisés, emplois créés, volumes produits, exportations générées, productivité améliorée. Au fond, le rapport confirme une idée centrale : la croissance ne suffit plus si elle ne transforme pas l’économie. Pour Madagascar, la relance devra donc être productive, portée par les entreprises, soutenue par un État facilitateur et mesurée par ses effets concrets sur l’emploi, les revenus et la capacité du pays à produire davantage par lui-même.
Antsa R.




