
Tous les mercredis, samedis et dimanches, des habitants de Diego Suarez se réunissent au terrain Mitabe pour assister à des batailles de coqs. Ambiance garantie
Assis sur les tribunes, feuilles de “katy” pleines la bouche, regards tournés vers l’arène, les spectateurs observent le combat de coqs. Au centre du kiosque, le sable est encore chaud sous les pattes des volatiles malgré l’ombre qui s’allonge sur le ring de Mitabe. Il est un peu plus de quinze heures, les premiers cris montent. Samuel Samson, habitant du quartier de Soafena, ne manque presque jamais une session : « Je viens pour parier, lâche-t-il. Et je crie pour le plaisir. »
Autour de lui, les discussions s’entrecroisent. On compare les coqs, on jauge les adversaires, on ajuste les mises. Les combats peuvent rapporter gros. Les chiffres varient : un million, deux, voire trente selon les participants… C’est le cas de Fidèle Gégé, qui élève sept coqs de combat. Ses animaux, de différentes races – Joby Angaloko, cheveux d’or, patte noire, blanche, grise et jaune – lui rapportent de belles sommes, qui expliquent l’intensité régnant au bord du terrain.
Dans cette foule compacte, le nom de Mao Siantoandro revient souvent. Amateur reconnu, il fait combattre ses coqs depuis des années. « C’est pour gagner de l’argent. » Son coq à la main, plein d’émotions, il l’embrasse et confie : « Pour moi, c’est comme de l’or. » Son ami Samuel parie régulièrement sur son Sambala noir, qui a remporté, dans une compétition précédente, 300 000 ariary.
Avant de combattre, le coq a trois semaines de préparation physique sur les plages voisines. Il existe des techniques d’entraînement spécifiques, comme le détaille Samuel : « On met des plombs sur leurs pattes pendant deux jours et ils s’échauffent lors de combats amicaux sur le sable. » Si certains ont les ergots naturellement bien taillés, d’autres sont obligés de passer au limage en pointe avec des morceaux de verre.

Derrière l’apparente spontanéité des affrontements, tout est codifié. À la tête de cette organisation, Botra Guy, président depuis onze mois de l’association FIMMPA. Lui-même baigne dans cet univers depuis 1991. « C’est une passion, dit-il, presque comme une évidence. Avant, les combats avaient lieu sur le terrain de Scama, mais celui-ci a fermé et maintenant, tout a lieu ici. »
Thierry Soalaza, arbitre depuis trois ans, rappelle les règles : « On ne touche jamais son coq pendant le combat, au risque d’annuler la bataille. La lutte peut durer deux heures, si les participants n’interrompent pas le combat au bout d’une heure. » L’arbitre doit garantir un affrontement équilibré. « Je vérifie l’âge, le gabarit, la race. Mon rôle est de surveiller les coups et techniques entre les coqs pour pouvoir élire les vainqueurs. » Le terrain en terre battue est humidifié pour rafraîchir les pattes des combattants et éviter que la terre ne devienne trop dure. Dans chaque groupe, un chef collecte les paris. « Avant le combat, chacun donne 20 000 ariary. Pour participer, il faut miser 100 000 ariary », explique Nam’s Afad, chef de la team Crocodile. Les paris sont toujours équivalents entre adversaires. Et sur chaque mise, l’association organisatrice prélève 10%.
Les jockeys s’activent autour des coqs avant le début du combat. Arnaud bichonne et caresse le sien, blotti dans ses bras, l’humidifie et le nettoie pour le préparer. Au-delà de l’argent, c’est un rapport presque intime qui se joue entre l’homme et l’animal. Certains parlent de leurs coqs comme de compagnons. « Avant le combat, tu dois être motivé. Tu le tiens, tu le chouchoutes », raconte le chef du team Crocodile. Les équipes se forment : Fanoro, Efro, Lazaret… Les teams structurent les paris et les affrontements. « Je parie toujours pour la team Fanoro », confie Yamicole, spectateur fidèle depuis ses 15 ans.
C’est parti ! Les coqs s’élancent, frappent, reculent, reviennent. Le match est serré : coups de bec sur la tête, le cou, le corps ; coups d’ergots projetés devant en volant. Le sifflet retentit, pause ! Les jockeys retournent aux petits soins : avec un chiffon humide, ils épongent la crête de leur champion, soufflent dans sa bouche, nettoient la gorge avec une plume et rebelote, ça recommence. Le combat n’est pas sans conséquence. « Il arrive que les yeux se retournent, les becs saignent », décrit Nam’s Afad. Et si son coq perd le combat ? « Eh bien, je vais le manger. C’est le week-end »…
Tanyah Abdou Madi, Mickaella Dijoux, Taniya Hamouza


