
La magie d’un maintien artificiel des prix à la pompe des carburants n’a pas beaucoup de chances d’opérer pour le régime de la refondation. La perspective d’une nouvelle hausse des prix des carburants se précise.
Entre la flambée récente des cours du brut sur le marché international, l’évolution du taux de change et surtout la volonté affichée de rétablir pleinement le mécanisme d’ajustement automatique des prix, les marges de manœuvre pour maintenir durablement les tarifs actuels apparaissent de plus en plus réduites.
Réalités du marché
Hier encore, les prix affichés étaient ceux du 5 septembre, où le litre de supercarburant était à 5 300 ariary, le gas-oil à 4 860 ariary et le pétrole lampant à 3 710 ariary. Aujourd’hui, ou dans les jours qui viennent, la donne risque de changer, du moins si les autorités respectent la logique du marché et leurs engagements vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI), dont le conseil d’administration a donné, la semaine dernière, son feu vert pour le décaissement immédiat des 155 millions de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD). Les réalités du marché pétrolier et des cours des changes militent, en tout cas, pour une révision à la hausse des prix à la pompe. La pression vient tout d’abord du marché international, où le cours du Brent est passé d’environ 88 dollars le baril début août à 120,44 dollars fin septembre, soit une progression de l’ordre de 37%. À cette variable s’ajoute celle du taux de change, l’ariary s’étant déprécié par rapport au dollar. De 4 300 ariary début août, le dollar, monnaie de référence du marché, est passé à 4 426 ariary fin septembre, soit une dépréciation d’environ 3%. Ce qui confirme, en tout cas, cette possible tendance à la hausse des prix à la pompe.
Application intégrale
Mais le principal élément nouveau qui justifie cette hausse attendue se situe au niveau des relations de Madagascar avec le FMI. L’institution de Bretton Woods exprime clairement sa position concernant le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants. Pour le bailleur de fonds, l’application intégrale de ce mécanisme se justifie, car il doit permettre de réallouer les ressources publiques vers des secteurs prioritaires comme l’éducation, la santé et la protection sociale, tout en limitant l’exposition du budget aux fluctuations des cours mondiaux du pétrole. On rappelle que le mécanisme prévoit des ajustements mensuels des prix à la pompe en fonction de l’évolution des prix de référence. La variation est toutefois plafonnée à 200 ariary par litre et par mois, afin d’éviter des augmentations trop brutales. En tout cas, l’État est appelé à abandonner progressivement la subvention des prix à la pompe, une mesure considérée, d’ailleurs, comme une injustice dans la mesure où elle priorise les intérêts des plus riches, au détriment des plus démunis, qui ont besoin de ressources pour financer les secteurs de la santé, de l’éducation et de la protection sociale. Mais la menace d’une inflation galopante qu’entraînera la hausse des prix à la pompe est une affaire à gérer pour le régime de la refondation, toujours en quête de popularité après les belles promesses du lendemain de la lutte populaire de 2025, mais dont, malheureusement, certaines ne sont pas encore tenues.
R.Edmond.




