
Entre boycott, participation et exigences de réforme, la bataille pour la crédibilité de l’arène électorale ne fait que commencer.
Le chronomètre est lancé
À un mois à peine de l’échéance fixée pour la mise en place de la nouvelle Commission électorale nationale indépendante (Ceni), le processus de désignation de ses membres est lancé. Mais derrière l’apparente accélération du calendrier, les lignes de fracture se creusent, notamment au sein de la société civile, appelée à jouer un rôle clé dans cette recomposition. Hier, à Alarobia, le président de la Ceni, Thierry Rakotonarivo, a tenté de poser les jalons d’un processus inclusif. Plusieurs organisations de la société civile sont venues s’informer et échanger sur les modalités de désignation de leurs représentants au sein de l’organe électoral. En jeu, deux sièges au bureau permanent de la Ceni, un quota stratégique censé garantir une certaine représentativité et un ancrage citoyen dans la gouvernance électorale.
Selon la Ceni, l’objectif est d’établir une liste des électeurs issus de la société civile et de définir les règles du jeu pour organiser l’élection de leurs représentants. Ainsi, ce processus devrait aboutir dans les prochains jours, permettant ainsi de respecter le calendrier global, qui prévoit la publication de la liste des huit nouveaux membres d’ici la mi-avril. Mais cette dynamique se heurte à une contestation frontale. Une partie de la société civile refuse de s’inscrire dans le processus en cours. Le mouvement Rohy, le SAF FJKM, ainsi que la plateforme Vohifiraisana, entre autres, ont annoncé leur boycott. Leur position est sans ambiguïté. Ils dénoncent une « nomination précipitée » des futurs membres de la Ceni et rejettent un processus qu’ils jugent insuffisant pour garantir la crédibilité des élections à venir.
Chaise vide
Au-delà du rejet conjoncturel, ces organisations posent un débat de fond. Elles réclament une refonte globale du système électoral, estimant que les ajustements actuels ne répondent pas aux exigences de transparence, d’indépendance et de confiance publique. Face à cette fronde, d’autres organisations de la société civile ont choisi une approche plus pragmatique. Présentes à la réunion d’Alarobia, elles entendent participer activement au processus, considérant qu’une politique de la chaise vide risquerait de les marginaliser davantage. Pour ces acteurs, il s’agit d’occuper les espaces disponibles, aussi imparfaits soient-ils, afin d’influencer de l’intérieur la composition et le fonctionnement de la future Ceni. En tout cas, ce clivage met en lumière une société civile à deux vitesses. D’un côté, des organisations réformistes prêtes à s’engager dans le cadre existant et, de l’autre, des structures plus critiques, qui conditionnent toute participation à une réforme en profondeur des règles du jeu.
Pendant ce temps, une autre institution avance à son propre rythme. La Haute Cour constitutionnelle a déjà lancé son appel à candidatures pour désigner son représentant au sein de la Ceni. Là encore, les exigences sont élevées. Les candidats doivent faire preuve d’une indépendance politique, ne pas être affiliés à une formation ou à un groupement politique, et justifier d’une expérience concrète dans l’observation ou l’organisation d’au moins deux élections nationales. À ces critères s’ajoutent des compétences reconnues en matière électorale, ainsi que des connaissances, jugées complémentaires, dans des domaines tels que le droit, l’administration publique, l’éducation ou encore la communication. Autant d’exigences qui traduisent la volonté affichée de professionnaliser davantage la composition de la Ceni. Les dossiers de candidature sont attendus jusqu’au 25 mars 2026, une échéance qui laisse peu de marge aux prétendants. Au total, huit nouveaux membres devront être désignés pour renouveler l’organe électoral.
Rija R.


