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vendredi, septembre 18, 2026
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Cérémonie spirituelle à Diégo-Suarez : Au pied du Pain de Sucre : des vœux pour adoucir la vie

La cérémonie traditionnelle du tsakafary et du fisaorana s’est déroulée ce samedi 4 avril à Diego. Une centaine de pèlerins se sont rassemblés pour se recueillir dès 4 h du matin.

Venue à l’aube pour accompagner son oncle, Mirina, 18 ans, sort de l’eau, à la Baie des Français, au pied de Nosy Lonjo (le Pain de Sucre). C’est un lieu sacré où les pèlerins se baignent pour rendre hommage aux ancêtres et les remercier d’avoir accordé leurs souhaits. Le cœur léger, la jeune vendeuse de vêtements vient d’accomplir, aux côtés de sa famille, le fisaorana, le remerciement. «Mon oncle avait fait le vœu d’avoir un enfant. Nous sommes venus car il a été exaucé », explique-t-elle.

Après l’observation de la pleine lune, les animistes antakaranas se rendent tous les mois, le samedi ou le lundi, sur cette plage bordée de mangroves. Les pèlerins affluent au rythme du lever du soleil, qui scintille sur la marée basse. Une file, composée principalement de femmes, se forme devant un bloc rocheux, à quelques mètres de l’eau. Elles s’inclinent pour y déposer leurs offrandes : un peu de riz sur lequel est versé du miel, ainsi que de l’argent et parfois du tabac à chiquer. L’offrande est indispensable pour remercier les ancêtres. Selon la coutume, chacun donne selon ses possibilités : les plus riches vont jusqu’à sacrifier un zébu. « Nous n’avions pas les moyens de nous en procurer un », confie Mirina. Comme elle, Robert, pêcheur de 41 ans, vient exprimer sa reconnaissance en se baignant dans la baie, car son vœu a été exaucé. « Je voulais une pirogue avec un moteur », raconte-t-il. Bien qu’il considère cet achat comme un signe de Dieu, il a économisé 19 millions d’ariary pendant deux ans pour se l’offrir…

Les offrandes sont également indispensables si l’on veut que le souhait soit exaucé. Une fois leurs tsakafary formulés, les fidèles marchent dans l’eau vers le Pain de Sucre, qui abrite les tombeaux des ancêtres antakarana. Lorsqu’ils en sortent, le joro terminé, ils reviennent vers le rivage à reculons. Pendant ce temps, discrètement, un homme aux vêtements déchirés s’approche du rocher. Il ne fait pas de vœux mais cherche, avec un bâton, des billets encore intacts…

Philbert, âgé de 60 ans, accroupi près d’un buisson en attendant sa femme, n’a rien vu. Il raconte que, grâce à ses prières, certains de ses tsakafarys se seraient déjà réalisés : « Mon fils travaille maintenant où il voulait. Ma fille a pu partir en France pour travailler et subvenir à ses besoins ». Le sexagénaire espère, en outre, terminer la construction de la maison familiale, financée grâce à l’argent envoyé par sa fille : « C’est normal, parce que je suis son père, j’ai tout fait pour elle ». L’étape du bain est cruciale pour lui : « Il ne faut pas être pressé. Tu as le temps pour bien faire ». Il raconte qu’en entrant dans l’eau, un froid le saisit, un frisson qu’il ressent comme une bénédiction des ancêtres. « Plus tu pries, plus tu demandes et plus tu reçois », dit-il avec certitude.

La gratitude, pour ne pas rompre le lien, est essentiel : « Ils doivent revenir pour me remercier, ainsi que les ancêtres, avec une offrande, sinon ils risquent de tomber malades ou de faire des cauchemars », prévient Jean-Claude, le Manantany. Pieds nus, assis sur un muret dans la cour d’une chapelle, un bâton cerclé de fer à la main, il reçoit les fidèles, femmes d’un côté, hommes de l’autre. Il porte un kisaly blanc, coloré sur les bords, et un tsanganolona au cou, un jonc au poignet et une bague à l’annulaire droit.

Depuis maintenant cinq ans, le gardien guide les croyants et conseille notamment les familles dont l’un des membres est possédé par un tromba. Sous l’effet de l’alcool, Claude, père de famille, confie que c’est le cas de sa fille de 18 ans. Celle-ci aurait parlé avec une autre voix, qui aurait demandé l’autorisation aux parents de rester dans le corps de leur fille. En décapsulant une bouteille de bière avec les dents, l’homme de 45 ans explique qu’il considère le tromba comme une bénédiction : « Les esprits sont des guérisseurs et ils peuvent voir l’avenir ». Un lien fort se crée entre le tromba et la personne qu’il a choisie. « Pour officialiser la connexion, il faut acheter du miel, un vêtement et du parfum », affirme le Manantany. Lorsqu’ils décèdent, les habits des tromba sont déposés par leur famille dans les buissons de la plage, teintant la mangrove de points rouges et blancs.

Au-delà de cette dimension spirituelle, le rituel des animistes prend aussi une tournure plus collective et festive. Il devient aussi un moment de convivialité, où le partage est important. « Une fois mes prières exaucées, je vais apporter deux cageots de bière pour toutes les personnes présentes », promet ainsi Philbert.

Cependant, dans ce lieu de rassemblement, Juanita, la journaliste présente pour nous accompagner auprès du Manantany, se fait écarter d’un geste de la main en raison de son origine. Issue de l’ethnie merina, elle se heurte à un rejet inattendu. « Même si j’ai conscience qu’elle ne l’a pas fait exprès, ses ancêtres ont trahi les Antakaranas en tuant notre roi », justifie Jean-Claude de manière hautaine. Un rejet qui contraste avec l’esprit d’entraide affirmé par le Manantany…

Constance Sautron, Mickaella Dijoux, Sydney Labelle

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