
Ce jour, Cinépax Madagascar ouvre ses portes à Le Coruskan, le long-métrage réalisé et produit par Fred Eyriey. Après avoir marqué les esprits à La Réunion, où il est resté en salle trois mois durant, ce qui est déjà un exploit rare, le film arrive à Madagascar avant de poursuivre sa route vers la métropole, où sa sortie nationale est prévue pour février 2027.
Fred Eyriey revendique un cinéma libre, affranchi des contraintes commerciales. Il raconte avoir voulu créer une œuvre qui existe par sa force poétique et non par son budget. Tourné à Cilaos, au cœur des montagnes réunionnaises, le film suit Gito, un homme simple et heureux, soudain confronté à l’héritage de plusieurs hectares de terre à la mort de son père. Dans un village où la terre est précieuse, cette transmission devient le point de départ d’un récit sur la mémoire, l’amour et la lumière qui relie les générations.
Les critiques ont déjà salué la singularité de l’œuvre. Patricia de Bollivier, dans Parallèle Sud, évoque « un rythme de lente respiration », une poésie où les morts continuent de murmurer à travers les paysages, les lucioles et les falaises. D’autres voix soulignent la sobriété du jeu des acteurs, notamment Jean-Laurent Faubourg, Anne-Gaëlle Hoarau et Daniel Léocadie, et la puissance visuelle d’un film qui fait de la nature un personnage à part entière. Le coruskan, ce galet rond orné d’un miroir, devient le symbole de transmission et de survie, reflet discret mais essentiel de la philosophie du réalisateur.
Si Madagascar accueille le film avant la France, c’est par choix délibéré. Fred Eyriey insiste sur l’importance de privilégier les îles dans la diffusion de ses œuvres, afin d’accompagner l’émergence d’un cinéma de l’océan Indien. Ce geste est autant culturel que politique : il place les territoires insulaires au centre d’un mouvement artistique qui veut raconter ses propres histoires avant de les livrer au monde.
Avec Le Coruskan, Madagascar devient le théâtre d’une première qui dépasse la simple projection. C’est une invitation à respirer au rythme des îles, à écouter leurs voix et à reconnaître la force d’un cinéma enraciné, libre et universel.
Hanitra Andria


