C’est une page majeure qui se tourne pour l’économie urbaine d’Antananarivo. La digitalisation des marchés est lancée. Ce projet vise à assainir le secteur et à faciliter la vie des marchands des Mille.
La cérémonie d’envergure a réuni, hier, les plus hauts responsables de la municipalité, illustrant la mobilisation générale de l’Hôtel de Ville d’Analakely. Étaient ainsi présents le secrétaire général de la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA), Bao Razafimahefa, le directeur du marché, Gilles Randrianatoandro, le directeur général financier, Benoit Lucien Razafimandimby, ainsi que le directeur du développement numérique, Solonirina Ratovohery. Une synergie institutionnelle qui traduit la priorité absolue accordée à ce dossier stratégique. Au cœur de cette transformation se trouve une ambition politique claire, impulsée par le président de la Délégation spéciale (PDS), Feno Ralambomanana. L’ensemble de l’équipe municipale s’engage, pas à pas, dans l’éradication de la corruption et la simplification des procédures administratives, afin d’éliminer définitivement les doutes sur l’authenticité des acteurs du terrain.
Fondements. Le vice-PDS n°1, Nirina Thierry Ralaiharison, a tenu à structurer les fondements de ce projet autour de trois axes cardinaux. Le premier consiste à identifier avec exactitude le volume réel des marchands qui exercent au sein des enceintes communales. Le second concrétise la volonté gouvernementale de sécuriser la perception des taxes municipales pour couper l’herbe sous le pied des pratiques véreuses. Enfin, le troisième incarne l’intégration technologique moderne, permettant de s’affranchir des contraintes des tickets et quittances en papier, tout en offrant aux commerçants la possibilité inédite de régler l’intégralité de leurs redevances en un seul versement mensuel. Pour concrétiser cette mutation, la CUA déploie un processus rigoureux en plusieurs phases. Tout commence par l’enregistrement numérique des informations du commerçant sur tablette, suivi d’une vérification administrative minutieuse des pièces justificatives et de la photographie d’identité au bureau. Une carte professionnelle, la « carte marchand », hautement sécurisée, est ensuite confectionnée, intégrant la photo du titulaire, la désignation précise de son emplacement, un code QR ainsi qu’une puce électronique. Une fois la carte délivrée, le commerçant procède au chargement de ses fonds auprès du bureau de réception, le solde étant directement centralisé auprès du régisseur de la commune. Enfin, lors du recouvrement quotidien, les agents parcourent les sites équipés de Terminaux de paiement électronique (TPE). Un simple contact de la carte suffit pour actualiser et afficher instantanément le solde et les redevances dues. La distribution de la première série de cartes pour les marchands a d’ailleurs été effectuée, hier.
Plan économique
Selon le directeur du marché, cette démarche vise avant tout à apaiser les craintes et à clarifier les attributions. Elle met un terme définitif aux querelles intestines quotidiennes liées à la propriété des étals. Sur le plan économique, les enjeux sont colossaux. Le directeur du développement numérique, Solonirina Ratovohery, rappelle que les anciens recensements évaluaient les effectifs à environ 60 000 marchands, un seuil vraisemblablement obsolète que ce fichage permettra d’actualiser avec précision. Une exigence financière appuyée par Benoit Lucien Razafimandimby, directeur des ressources financières, qui rappelle que le secteur des marchés représente la troisième source de recettes de la CUA, générant entre 7 et 9 milliards d’ariary par an. Avec cette réforme audacieuse, Antananarivo se dote des outils d’un développement urbain moderne, intègre et pérenne. Pour la réussite de ce projet, les responsables de la CUA comptent sur la collaboration des commerçants.
Julien R.




